Pentecôte …En attendant les langues de feu

pentecôte-langues-feu-déconfinementEn ce temps de tensions, d’angoisse, de divisions, de repli communautariste, de verbe dévoyé par d’irresponsables puissants, nous voilà errant plutôt qu’allant. Et cela même, avant que Sa Majesté Covid XIX nous impose ses décrets. En cette période de Pentecôte, nous attendons nos langues de feu.

50 jours et 7 dimanches après Pâques, les disciples du Christ sont réunis à l’occasion de la fête juive de Chavouot. Avant l’Ascension, soit 10 jours auparavant, leur Divin Maître les avait nantis de cette promesse : Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre (Actes I ; 8).

Au cinquantième jour, la promesse est tenue :

Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer (Acte II ; 1-4).

L’importance des nombres

Les Eglises officielles datent de cet événement le commencement de leur mission évangélisatrice. Que la Pentecôte se célèbre au moment de Chavouot, à la fois fête des moissons et du don de la Torah, ne doit donc rien au hasard du calendrier !

Notons les nombres qui, dans ce contexte, disent « plus loin » que les mots. 50 associe le nombre de la division, selon Martinès de Pasqually, avec le 0 de l’Eternité. C’est aussi le nombre de l’Humain qui vit dans un état où règne la division. 50, c’est donc l’Eternel qui va vers les humains. Les 7 dimanches font référence au nombre de la création parfaite illustrée dans la Genèse par les six « jours » de la Création plus le septième, le Shabbat, qui la sanctifie. En d’autres termes, malgré son état d’être vivant dans la division, l’humain possède en lui les clefs pour atteindre l’Eternel ou ce « point de l’esprit où tout cesse d’être perçu contradictoirement », comme l’écrivait, en substance, André Breton dans son Second Manifeste du Surréalisme.

Le bruit des langues molles

La Pentecôte, c’est donc la fête des langues de feu, inspirées par Quinousdépasse. En assistant à la dégradation actuelle du langage – à la fois signe et cause de notre mal-être actuel ­– nous en aurions bien besoin, de ces langues de feu !

Langue de bois, langue de poix, autant de langues pour ne rien dire. Ces langues, nos langues, ne sauraient porter la moindre étincelle. Elles forment le bruit de fond de notre société, à l’instar des restaurants et supermarchés qui ne sauraient vendre sans ce son continu qui encombre les oreilles en vidant les cervelles.

Coincés dans nos silos de comportements par les algorithmes de l’économie numérique, censurés par les réseaux sociaux qui nous gèrent par smartphone interposé, éparpillés en une multitude de communautés ethniques, religieuses, sexuelles, partisanes, nous ne nous appartenons plus. Les espérances révolutionnaires ont sombré dans les tyrannies. Et les institutions religieuses ont perdu la légitimité de porter celles de l’Eternel en ayant sombré dans les guerres et les pouvoirs terrestres.

Nous voici livrés à nous-mêmes dans un monde où l’intelligence est couverte par le bruit des langues molles.

C’est le moment de créer notre Pentecôte et de préparer nos esprits à recevoir les langues de feu. Ou à les créer. C’est peut-être la même chose. Qui sait ?

Jean-Noël Cuénod

ESPACE VIDEO

« Le Feu » superbe poème d’Aragon, divinement mis en musique et chanté par Hélène Martin.

3 réflexions sur « Pentecôte …En attendant les langues de feu »

    • TU AS ENCORE UNE FOIS RAISON… (Et merci de m’avoir remis en mémoire ce temps de ma jeunesse où j’écoutais Hélène Martin et quelques autres « illustrateurs » de la poésie…inspirée par l’Esprit!).

  1. Bavardage, bruits sans fond, langue stérile qui sature l’espace de pensée, le vide de sa substance…
    Écoutons le silence où vacille la flamme de l’esprit, creuset où se forge la pensée.

    Merci pour cette réflexion autour de la langue et pour ce poème d’Aragon si magnifiquement interprété.

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