Emeutes en France: l’éternel recommencement

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© Bertrand Guay AgenceFrance-Presse

2005 à Aulnay-sous-Bois, 2007 à Villiers-le-Bel, aujourd’hui à Nanterre et ailleurs après la mort d’un mineur, Nahel, tué par un policier à la suite d’un refus d’arrêter son véhicule. Entretemps, feux de colère boutés par le sentiment d’injustice, attisés par les réseaux sociaux. Chaque fois, piteuses récupérations électoralistes et brassage de vent.

Chaque « plan de sauvetage des cités défavorisées » équivaut à arroser le désert. Et lorsqu’un plan semble recevoir l’assentiment d’une large part de celles et ceux qui sont concernés, le président Macron le flanque directement à la poubelle à l’instar des dix-neuf programmes de l’ancien ministre Jean-Louis Borloo (2018). Pour une fois, selon nombre de maires ou d’élus locaux, on semblait prendre cette question tentaculaire par le bon bout.

Mais avec son insoutenable légèreté, Emmanuel Macron avait préféré humilier Borloo en rejetant d’emblée cet ensemble de programmes qu’il lui avait commandé. Peut-être aurait-il à son tour arrosé le désert. Au point où en est la « France des cités », on aurait pu au moins essayer.

Lourde responsabilité de la droite…

Tant que la caste politicienne française n’aura pas pris pleine conscience de ce feu qui couve et repart au moindre souffle d’air, aucune solution n’est envisageable. Au contraire, elle n’a fait qu’envenimer les choses.

Tout d’abord, à droite et à son extrême – de moins en moins discernables – avec son tout-répressif qui ne règle rien et complique tout: la répression pénale de la consommation de stupéfiants n’a fait que renforcer le caïdat des trafiquants et leur emprise, non seulement dans les cités et les banlieues, mais désormais dans des zones rurales; les contrôles d’identité systématiques de jeunes « des quartiers » ont créé un état de guerre entre eux et les forces de l’ordre; le soutien inconditionnel aux policiers en toutes circonstances aboutit à un « deux poids deux mesures » dont on mesure aujourd’hui les méfaits.

…Celle de la gauche

Si la responsabilité de la situation pèse fortement à droite, la gauche n’est pas exempte de reproches. Après tout, qu’a-t-elle fait durant les longues années où elle fut au pouvoir?

En laissant s’installer l’islam politique à des fins électoralistes locales, elle a abandonné les principes de la laïcité et de l’universalisme au profit du communautarisme et du séparatisme. En outre, pour avoir trop longtemps dédaigné l’insécurité publique, elle a laissé ce terrain à l’extrême droite.

Faillite « d’en haut » solution « d’en bas »?

Cela dit vouer aux gémonies la caste politicienne ne sert pas à grand-chose. Force est de reconnaître que les décisions prises « d’en haut » ne fonctionnement pas, quelle que soit l’option politique.

Alors pourquoi ne pas essayer de voir les choses « d’en bas »? Que les maires, les élus locaux se réunissent pour distinguer les mesures à prendre à court, moyen et long termes.

Hélas, ce qui serait une évidence dans un pays fédéral, ne l’est pas du tout dans un Etat aussi centralisé que la France, avec une présidence devenue impotente par son omnipotence.

Alors, on peut rêver d’un chef de l’Etat qui confierait aux premiers concernés le soin de déterminer la politique de la ville. Avec l’actuel Jupiter qui trône au sommet de l’Elysée, on peut rêver longtemps!

Jean-Noël Cuénod

2 réflexions sur « Emeutes en France: l’éternel recommencement »

  1. Comme tu dis, c’est le « système » qui est mauvais; et quand
    il est mauvais, il faut le changer.
    Mais alors la France ne serait plus la France.
    Laisser pourrir jusqu’à ce que le fruit tombe et
    qu’un nouveau apparaisse (si possible meilleur).

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