Pas plus qu’une hirondelle ne fait le printemps, un Lula ne peut transformer l’automne en été radieux. Certes, la « remontada » de cet homme politique exceptionnel a redonné le moral aux désespérés qui — juchés sur une digue de plus en plus étroite — regardent la marée brune enfler à l’horizon. Amorce d’un reflux des droitistes phagocytés par le clan Le Pen? Ou simple pause d’avant catastrophe?
Le pire serait de se réjouir trop tôt et de se démobiliser. Exceptionnel, le Lula? Oui, et c’est bien le problème. Le toujours président du Brésil est un ancien ouvrier qui n’a jamais perdu son adhérence aux classes populaires. Un cas de figure rare en Europe (quelques spécimens en Suisse, Allemagne, Autriche, pays nordiques notamment) mais inexistant en France.
L’idéal, bien sûr, serait d’utiliser cette victoire inespérée du candidat antifasciste brésilien comme un aiguillon pour nous réveiller de cette torpeur sidérée qui nous dévitalise.
Ne pas se bercer d’illusions. Mais laisser l’espoir nous caresser.
Où sont-ils donc passés, les oiseaux écarlates?
A LIRE
En nuée de remords
Les oiseaux écarlates
Volent dans notre silence
Ecoutez leur chant rauque
Traverser nos fièvres
Et ravir le soleil
Les voilà disparus
Dans le voile tremblant
De notre myopie
Collés au sol nous sommes
Empêchés empêtrés
Nos souliers perdus
Dans de vagues fossés
Par vagues nous vaquons
Quidams sans conséquence
Moucherons dans le lait
Effrayant du cosmos
De tout nous avons peur
De nos ombres surtout
Qui reniflent nos pas
Chiens au poil d’enfer
Il faudrait un soleil
Pour les rendre au néant
Se tenir éveillé
Préparer le retour
Des oiseaux écarlates
Jean-Noël Cuénod
A OUÏR
