Canicule, la cracheuse de feu et de mort

canicule-incendie-mort

Un Canadair des sapeurs-pompiers italiens à l’approche du lac d’Orta. En vidéo: le même appareil en train de puiser l’eau au fil du lac. Photo et vidéo JNC/CZ_Beaurecueil-Forge de la Poésie

Le lac d’Orta, bijou chatoyant du Piémont, réconcilie tous les bleus dans les frissons de son dos. Rien ne trouble cette douceur que l’on croyait réservée à d’autres époques. Rien? Pas tout à fait. La peau du lac est scarifiée régulièrement par les Canadair qui viennent y puiser l’eau destinée à éteindre les forêts en feu quelque part vers Valsesia. Et voilà que surgit le souvenir d’Andréa…

Un feu de forêt dans ces Alpes Peninnes – communes à l’Italie et à la Suisse – comme tant d’autres qui éclatent un peu partout en Europe… Partout, les sapeurs-pompiers sur terre, dans le ciel, sur l’eau risquent leur vie pour sauver celle des forêts. Et donc la nôtre.

La vie… celle d’Andréa s’est éteinte, il y a quelques jours, par le feu de la canicule dans son appartement parisien. Son cœur n’a pas résisté aux assauts de la chaleur. Décès dans la solitude, lot de tant de femmes lorsque l’âge devient le seul compagnon. Merci à l’ami Raphaël qui a organisé son départ alors qu’aucun parent n’était là pour assurer les éprouvantes bureaucraties funéraires.

Emportée, Andréa, dans les fumées caniculaires. Comme sans doute des milliers d’autres femmes, hommes, enfants. Comme ses forêts dont bien peu se soucient de les garder en santé.

Pyromanes et massacreurs à la tronçonneuse

L’été, les criminels du feu, par pyromanie ou négligence, les réduisent en cendre. Durant le reste de l’année, ce sont les massacreurs à la tronçonneuse qui en font des coupes rases. Il faut bien gagner du pognon. Il faut bien chauffer les gens l’hiver… Tiens, justement, je me chauffe aux granulés de bois… Me voilà coaccusé dans une interminable chaîne de responsabilités.

Il y a au moins une activité que la canicule n’altère pas: les polémiques pour politicards en mal de postures. Ah, ils ne se fatiguent jamais, ceux-là! Toujours prompts à l’ouvrir jusqu’à faire de leur gueule un gouffre dans les profondeurs duquel s’engouffrent les mots en bouillie.

A qui la faute? A tellement!

« La canicule, c’est la faute à Machin! » « Non, à Machetruc! » et ainsi de suite.

La faute des dirigeants politiques? Bien sûr. Les experts du GIEC(1) les avaient alertés depuis un demi-siècle. Qu’ont-ils fait? Rien. Parfois de beaux discours comme celui du président Chirac: « La maison brûle et nous regardons ailleurs ». Après avoir proféré ces fortes paroles, Chirac a aussitôt regardé ailleurs. Chirac, comme les autres qui l’avaient applaudi.

L’Union Européenne était à la pointe des efforts pour tenter de ralentir le dérèglement climatique. Mais depuis 2015, l’UE paraît bien fatiguée et n’a pas progressé selon le Réseau Action-Climat :

Alors que l’Europe devrait enclencher des transformations profondes de son économie (…) elle est contrainte par les intérêts des États-membres, (de maintenir) un statu quo dangereux pour le climat. Pourtant, les impacts du dérèglement climatique (…) pourraient s’élever à plus de 190 milliards d’euros par an si l’on ne fait rien.

Qui les a élus?

Et on ne fera rien. Ou si peu. Et si tard. Les Etats européens continuent de plus belle à regarder ailleurs, puisque la majorité de leurs électeurs les y invitent. Dans nos démocraties, qui a élu ces générations de Jean-Foutre et autres abominables hommes des palais (je ne parle pas du Dingo Donald, il est hors-concours)?

Il n’y a pas eu de réelle et puissante volonté populaire pour arrêter le massacre climatique. Au lieu de cela, poussée par la démagogie des néofascistes – qui grâce à la Bollosphère gagnent du terrain – une grande partie des électeurs a craché sur les écolos. C’est simple, ils ne voulaient plus voir le vert en peinture. Eh bien, c’est le rouge des braises qui les rattrapent!

Andréa, toutes tes compagnes et compagnons, toutes les forêts qui ont disparu dans cette fournaise, puissiez-vous un jour nous pardonner.

1 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

Jean-Noël Cuénod

 

2 réflexions sur « Canicule, la cracheuse de feu et de mort »

  1. Il est vrai que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent, surtout là où chacun est encore libre de choisir la couleur du bulletin de vote qui lui convient.
    Il est également vrai que le GIEC et les spécialistes du climat ayant depuis longtemps annoncé la catastrophe, pourquoi les électeurs n’ont-ils pas profité des scrutins successifs pour remplir les urnes de bulletins verts ?
    Mais il est encore vrai que les ayatollahs du libéralisme échevelé ont décidé quant à eux depuis longtemps que la protection de l’environnement ne saurait entraver la croissance de l’économie et de leurs profits ; d’ailleurs ils proposent à grands renforts de technologies des « solutions » qui permettront de « s’adapter » au réchauffement climatique, technologies qui leur permettront de développer de « nouvelles pousses » (on dit maintenant « start-up » en bon français) et de trouver ainsi d’autres opportunités de croissance.
    Mais il est enfin vrai que si le capitalisme montre une telle capacité de survie, c’est aussi que ses promoteurs les plus éminents ont compris qu’il fallait d’abord et comme toujours se préoccuper du contenu des cerveaux du petit peuple : ne pas lui donner le temps et l’envie de réfléchir en déversant continument des informations qui seront effacées par les précédentes comme sur un palimpseste avant même d’avoir été digérées, et prévenir toute réflexion « subversive » qui pourrait lui faire découvrir la réalité des mécanismes du monde ; bien au contraire, distiller jour après jour le doute sur la réalité des dérèglements de toutes sortes dénoncés par l’activisme des lanceurs d’alerte aussitôt stigmatisés par les dominants comme écoterroristes et fauteurs de troubles. Bref, en France comme ailleurs, les milliardaires se sont emparés de nos cerveaux à l’exception de ceux d’une minorité qui risque de le rester encore longtemps… à moins que ?
    Bertrand

  2. Quel gâchis
    J’aimerais rester optimiste et penser que nous tous main dans la main nous saurons faire face en urgence en prenant à la source (tant qu’il y en a encore) le problème pour inverser la tendance et mettre en priorité la vie sur terre.
    Qui sait…..
    J’aimerais vivre encore ça…
    ..gardons espoir

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *