Trump, ce cauchemar sans fin

trump-capitole-insurrection-parti-republicainL’incursion violente des Trumpistes dans l’enceinte du parlement américain était hautement prévisible (voir le texte du Plouc du 10 octobre 2020 «Trump et ses Proud Boys, un agenda insurrectionnel»). Les médias qui aujourd’hui tombent des nues avaient-ils oublié les menaces brandies par Moumoute Jaune dès cet automne?

Les photos des assaillants contre le Capitole montrant un hurluberlu chaussé d’un casque à corne viking, le visage peinturluré, bombant son torse velu pour expectorer sa haine est trompeuse. L’insurrection trumpiste n’est pas le fait que d’une bande d’illuminés isolés. Selon un sondage de l’Institut YouGov, 45% des électeurs du Parti républicain approuvent l’attaque contre un bâtiment qui abrite le cœur de la démocratie de leur pays (l’étude de YouGov ici).

L’avant-garde de l’électorat républicain radicalisé

Par conséquent, les assaillants seraient plutôt l’avant-garde de l’électorat républicain qui a carrément glissé dans l’extrême-droite.

Mesure-t-on l’énormité de la chose ? De très nombreux électeurs de l’un des Partis fondateurs des Etats-Unis, qui a compté dans ses rangs des héros américains comme le président Abraham Lincoln, le général Dwight Eisenhower (1) chef des armées alliées qui ont vaincu Hitler, se met à soutenir des extrémistes n’hésitant pas à interrompre un processus démocratique en s’imposant physiquement à la représentation fédérale et en arborant des symboles néonazis.

Le processus parlementaire confirmant l’élection de Joe Biden a pu malgré tout aboutir. Les assaillants ont finalement été repoussés en laissant deux morts, une trumpiste ancienne combattante de l’armée de l’air et un policier qui défendait le Capitole, décédé jeudi des suites de ses blessures.

Force est de reconnaître qu’une partie importante des Américains sont acquis aux thèses racistes et à l’emploi de la violence politique. Faut-il rappeler que 74 millions d’électeurs ont voté Trump malgré son état mental et sa gestion catastrophique de la pandémie qui fait des Etats-Unis le pays le plus atteint par le Covid-19 de toute la planète ?

Happy Wall Street !

A court terme, un calme trompeur apportera peut-être au grand malade américain une forme de rémission temporaire. Après tout, la bourse américaine et les autres places mondiales n’ont pas été affectées par la tentative d’insurrection. Le Dow Jones a même atteint un nouveau record de hausse au moment même où le Capitole était pris d’assaut, selon l’AGEFI (lire ici l’article). Wall Street a estimé que la victoire des deux candidats démocrates en Géorgie pour le Sénat était plus importante puisque désormais le président élu Biden disposera de la majorité aux deux chambres du Congrès.

Mais la bourse ne voit pas plus loin que le bout de son graphique. Les effets de l’assaut trumpiste contre le Capitole laisseront des traces indélébiles sur l’image que se forment les Américains de leur pays et donc d’eux-mêmes. Comment se prétendre modèle de démocratie et leader mondial, en se laissant aller aux sinistres pitreries des républiques bananières, en ayant en son sein une foule d’extrémistes ? Les Américains traîneront cette perte de l’estime de soi comme un boulet.

La première victime, le Parti républicain

La première victime de ce séisme du Capitole sera vraisemblablement le Parti républicain dont les éléments modérés se montrent sidérés par la radicalité d’une grande partie de leur base électorale. Comment ces gens-là s’entendront-ils pour faire Parti ensemble ?

D’ailleurs, même sans l’épisode Trump, les républicains nourrissaient de fortes craintes face à l’érosion de leur électorat composé en grande partie par les classes moyennes blanches. Dans ce pays profondément enraciné dans l’humus raciste, la perte à terme de la prépondérance démographique des blancs figure parmi les raisons de la colère de l’électorat républicain et sa persistance à voir dans Trump, le sauveur du White Power.

Le Parti républicain ne sait pas comment se sortir de cette situation. Essayer de draguer des électeurs hors de la communauté blanche ? Il s’y est essayé mais les envolées racistes de Trump ont ruiné ses essais, même si la minorité cubaine anticastriste a souvent voté pour Moumoute Jaune. A part se doter d’un leader noir ou hispanique, on ne voit pas comment Grand Old Party pourrait inverser cette tendance. Et ce n’est pas avec une base largement infectée par le racisme que ce songe pourrait prendre corps. Ce sera bientôt Small Old Party !

Dès lors, soit la base radicalisée parvient à prendre le commandement du Parti républicain, rejetant les modérés qui pourraient alors créer leur propre parti ou rallier les démocrates. Soit, l’élite modérée conserve la tête du parti, ce qui peut conduire la base radicalisée à créer sa propre formation, genre « Tea Party ».

De toute façon, le paysage politique américain sera bouleversé et les divisions multiples entre communautés s’exacerberont.  Pendant ce temps, la dictature chinoise ne cesse de marquer des points dans tous les domaines et avance inexorablement ses pions.

Les Etats-Unis ne se sont pas encore réveillé de leur cauchemar Trump. Quant aux autres démocraties, les voilà dans de beaux draps !

Jean-Noël Cuénod

[1] Président des Etats-Unis entre 1952 et 1960

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