Après Charlie, voici le monde Tefal

planète Tefal Manif République

Vue du Monde Tefal et l’esprit de République

Il y a deux ans, jour pour jour, Le Plouc était fourmi parmi 1,5 million d’autres, place de la République, pour célébrer la démocratie et la laïcité après les massacres islamoterroristes à la rédaction de Charlie-Hebdo et à l’HyperCasher de la Porte de Vincennes à Paris. Immense masse marchante: 4 millions de participants dans tout l’Hexagone. Plus grand rassemblement de l’Histoire moderne de la France, comme le proclame Mister Google.Qu’allait-on faire de cette énergie humaniste ? Vers quelle turbine politique – politique au sens élevé du terme – canaliserait-on ce flux puissant ? De quel bois de haute futaie allait-on réchauffer nos ardeurs militantes ? Tous les espoirs de redressement républicain semblaient permis en ce dimanche de chaleureuse froidure. Tiens ! On a même embrassé les flics !

Et après ? Et après, rien.

Rien que d’autres attentats commis au nom d’un dieu incompris, avec l’appli Telegram pour prophète de malheur.

La France voulait se rassembler pour faire front. Elle ne cesse de se diviser devant un Front de plus en plus national. Une enquête d’opinion menée en septembre dernier par IFOP a montré que 46% des Français musulmans se sentaient intégrés ou en bonne voie de l’être. Bonne nouvelle ? Certes … Mais de l’autre côté, 28% d’entre eux ont adopté « un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République ». Après tout ce sang qui a coulé au nom d’un Allah pour réseaux sociaux, une partie importante des pratiquants de la deuxième religion de France n’a donc toujours pas compris qu’elle devait se défaire de ce salafisme mortifère implanté par les pétro-monarchies, sous les yeux indifférents des pouvoirs publics. Ah, maintenant ils se réveillent ces pouvoirs publics ! Alors que depuis des années, le fossé entre leur centre et la périphérie a pris des allures d’océan. Mais voilà, les pauvres n’intéressent personne. Qu’ils marinent dans leur jus. Mais, voyez-vous, le jus, ça fermente, ça monte à la tête et ça vous la fait perdre.

Et que dire de ces autres territoires abandonnés ? Cet « espace rural » comme l’on dit dans les discours de l’Enarchie. Plus de médecin. Plus d’école. Plus de poste. Plus de boulanger. Rien qu’un mégamachin situé à vingt mornes bornes. Et pas de réseau, bien sûr. Ou si peu.

Alors, le « vivre-ensemble » et même le « survivre-ensemble », ce sera pour une autre vie.

La France n’est pas la seule à se déchirer. En Amérique, ses Etats n’ont jamais paru aussi désunis depuis la Guerre de Sécession. Pourtant, là aussi, un vent nouveau avait soufflé. Les jeunes démocrates avaient poussé devant un eux le vieux socialiste Bernie Senders qui avait trouvé les mots justes pour leur donner des ailes. Mais le clan Clinton a fini, non sans peine, par les arracher. Sa machine à broyer les espoirs a fonctionné à plein régime. Et pour quel résultat ! Après la victoire de Trump, la Californie menace de faire sécession. Paroles en l’air ? Sans doute, mais un tabou est tombé.

En Allemagne, l’extrême-droite reprend du poil de la Bête Immonde en harcelant Angela Merkel, coupable d’avoir ouvert la porte aux réfugiés. Les islamoterroristes ont vite fait de servir les desseins de Pegida et de l’AfD en commettant l’attentat de Berlin. L’Internationale de l’intolérance vole de succès en succès !

En France, aux Etats-Unis, en Allemagne, ailleurs, tous les élans généreux retombent comme des soufflés abandonnés dans un coin de la cuisine.  Tout se dilue dans la soupe maussade. Rien n’attache. Bienvenue dans le monde Tefal.

Tout se perd et rien ne vous touche/ Ni mes paroles ni mes mains/ Et vous passez votre chemin/ Sans savoir ce que dit ma bouche écrivait Aragon[1]. Pour nous aider à respirer, voilà ci-dessous ce poème dans son entier, mis en musique et chanté par Jean Ferrat.

« Tout est impermanent » dit la sagesse bouddhiste. Tout est impermanent. Même la soupe maussade, même le monde Tefal. Seule la poésie est, malgré tout, permanente.

Jean-Noël Cuénod

[1] Poème « J’entends, j’entends » tiré du recueil Les Poètes

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