Le coronavirus à la mesure de la démesure

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« C’est le châtiment! Faites pénitence! »

Le coronavirus est une sorte de shabbat forcé. Autant profiter des restrictions qu’il impose et du calme qui en résulte pour prendre enfin le temps de la réflexion. Cet événement surgirait-il maintenant par un caprice du hasard microbien ? Où serait-il le fruit vénéneux de l’hybris mondialiste? Une mesure à notre démesure ? Et quelles leçons en tirer ?Rassurez-vous, Le Plouc ne va pas vous refaire le coup de la punition divine, ni vous resservir un sermon à la Philippulus, personnage créé par Hergé dans l’album L’Etoile Mystérieuse et qui poursuit Tintin à coups de gong en clamant « C’est le châtiment ! Faites pénitence ! Repentez-vous suppôts de Satan ! »

Un virus « uberaliste »

Toutefois, le hasard, même microbien, a-t-il sa part dans un phénomène d’une telle ampleur ? Si la mondialisation n’a pas engendré le coronavirus, elle en a hâté et développé la propagation en prenant pour point de départ son pays d’élection, la Chine. En outre, il est frappant de constater à quel point ce Covid-19 ressemble à l’esclave rêvé par Uber et autres entreprises hors-sol : il mute à une rapidité stupéfiante, s’adapte avec souplesse, se délocalise sans broncher (hélas, souvent dans nos bronches) !

Mais la comparaison a sa limite : sa propagation galopante remet en cause les fondements même de l’hypercapitalisme (ou ultralibéralisme) financier et son développement basé sur la démesure et la cupidité. Le libre-échangisme échevelé, la déshumanisation des rapports professionnels et sociaux, le productivisme hystérique et fauteur de pollution massive se trouvent brusquement mis à nu.

Nous foncions vers le mur en klaxonnant et en appuyant sur l’accélérateur. Il semble que le coronavirus soit le seul agent capable d’actionner le frein à main.

L’étonnant virage de Macron

Comme l’indique le site de Libération, « Plusieurs cartes réalisées par la Nasa et l’observatoire français Latmos, indiquent une chute de la pollution en Chine mais aussi en Italie » (voir les cartes et lire l’article en entier ici).

De même, le président Macron, figure politique majeure de l’ultralibéralisme, a opéré un virage à 180 degré lors de son discours, hier soir. En voici l’extrait le plus marquant :

Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties.

Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main.

Le revers de la médaille Covid-19

Le coronavirus a donc eu l’avantage de faire descendre Jupiter à terre. Et voilà notre jeune premier (de cordée) découvrant l’Etat-Providence, les limites des lois du marché – réputées pourtant aussi immuables que le Décalogue –  et les bienfaits de la régulation par l’Etat ; toutes choses qui ne sont donc plus des vieilleries relevant de l’« ancien monde ».

Alors, un précieux allié des causes humaniste, sociale et écologiste, ce Covid-19 ? Le revers de sa médaille est douloureux : des êtres chers vont mourir, des entreprises connaîtront la faillite et son cortège de chômeurs, peut-être notre liberté de mouvement sera-t-elle entravée par des mesures de confinement.

Le temps ne s’est pas arrêté ; il a ralenti. Profitons-en pour refaire connaissance avec nous-mêmes et avec tous ceux que nous appelions « nos proches » mais que la folie de la vitesse nous avait éloignés.

Jean-Noël Cuénod

6 réflexions sur « Le coronavirus à la mesure de la démesure »

  1. on nait dans un monde, on meurt dans un autre. Prenons-nous toujours le temps le temps de nous en apercevoir ? C’es-à-dire le temps de vivre ce qui change, hors nous et en nous? Le temps de VIVRE tout court ? Le Covid 19, nouvelle appellation du Tremblement de Terre de Lisbonne ? « Naturelle » la catastrophe ? Comme est naturel l’aveuglement de nos sociétés avides – et de ceux qui se croient les Maitres du Temps (co-avides) !
    amitié survivante, cher Jean-Noël

  2. Merci Jean-Noël, ai-je fini mon rêve ? l’inévitable rendez-vous est-il arrivé ? pour moi et ceux que j’aime? Comment sera la vie après? Que feront les hommes après cette guerre inattendue? Sauront-ils devenir ou rester des HOMMES? Sauront-ils ne pas obéir à je ne sais quel dictateur? Sauront-ils ne pas céder aux totalitarismes ? aux idéologies mortifères ? Sauront-ils croire à la vie ? Se souviendront-ils de nous comme nous nous souvenons de ceux qui nous ont précédés? Sauront-ils vivre avec et non de la planète?
    Comme je vous aime, vous les hommes et les femmes de ma vie!

  3. Espérons que ce coup de frein permettra de faire jaillir de nouvelles prises de conscience ! Le vivant est si beau, si fragile; il mérite notre respect et notre amour. Ah l’Etoile Mystérieuse ! Un plongeon dans l’enfance et l’adolescence où l’insouciance nous portait dans la joie ! Amicalement.

  4. Je n’ai pas encore compris (quand on est bouché, c’est pour longtemps !) le rapport
    entre le coronavirus et l’ultralibéralisme, mais tout ce qui affaiblit celui-ci est le
    bienvenu, et comme l’occasion se présente…. je ne boude pas mon plaisir.

  5. ma vision du futur: faudra mettre les bouchées doubles pour rattraper le retard et combler le « deficit » et on aura peut-être en prime un gentil impôt special corona pour sauver l’hôpital………..à moins que………..

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