La retraite sonnée par Macron relance les syndicats

retraite-syndicats-manifPour défendre les salariés avec un minimum de savoir-faire et d’expertise, organiser des manifs spectaculaires et sans violence, c’est tout bête, mais au fond rien ne vaut les syndicats ! En France, la première journée de grève et de cortège contre la réforme Macron de la retraite en a apporté la démonstration.Entre 800.000 et un million de personnes dans les rues françaises ont défilé, hier, sans incidents majeurs. Même le premier ministre Edouard Philippe a rendu « hommage aux organisations syndicales » qui ont « très bien organisés les défilés ». Certes, il s’agit pour le chef du gouvernement de caresser dans le sens du poil, qu’ils ont rêche, les dirigeants des grandes centrales.

Mais justement, le fait qu’il soit ainsi contraint de saluer l’action des syndicats démontre qu’ils ont visé et touché juste. D’autant plus que les grèves ont été bien suivies dans la plupart des secteurs mobilisés. Voilà les syndicats remis en selle alors qu’ils furent, l’an passé, désarçonnés par les « Gilets Jaunes »

La « diagonale du flou »

Emmanuel Macron s’est sans doute rappelé l’échec de l’alors premier ministre Alain Juppé en 1995. Le mentor d’un certain Edouard Philippe avait énoncé en détails sa réforme des retraites concentrant ainsi les attaques de tous ses opposants. Juppé avait dû battre… en retraite ! Dès lors, l’actuel président français a choisi la stratégie inverse avec sa « diagonale du flou » : en dire un peu mais pas trop, lâcher des ballons d’essai aussitôt crevés, pousser un ministre à dire blanc, un autre, noir et un troisième, gris, pédaler dans un sens puis rétropédaler…

Dès lors, tout un peuple a eu le tournis. Les résosociaux ont affirmé, comme d’habitude, tout et n’importe quoi. Sur des sites bidons ou sérieux (pas facile de trier le bon grain de l’ivraie ou plutôt de l’ivresse), chaque futur retraité essayait de faire des projections pour tenter de se former une petite idée du sort qui lui serait réservé. Comme les données sont imprécises et lacunaires, les résultats ont souvent sombré dans des prévisions angoissantes.

Avec leurs expertises et leur longue expérience, les syndicats apparaissent alors comme autant de rocs dans un océan d’incertitudes. Certes, ils ont tous les défauts du monde avec leurs divisions en multiples centrales – causées notamment par la volonté de préserver des postes de permanents–, leurs effectifs peu étoffés, leur hiérarchie parfois trop lourde. Néanmoins, ils ont l’immense mérite d’exister. Les dirigeants syndicaux savent organiser les luttes et négocier avec l’Etat ou le patronat.

Les limites des Gilets Jaunes

Périodiquement, ils sont débordés par des mouvements sans structures comme les Coordinations dans les années 90 et les Gilets Jaunes plus récemment. Les Coordinations obtinrent quelques succès qui s’évaporèrent rapidement. Les Gilets Jaunes ont arraché à Macron 17 milliards d’euros pour défendre le pouvoir d’achat. Les médias avaient alors souligné qu’aucun syndicat n’avait obtenu pareil succès.

Mais voilà ce que l’Etat a concédé d’une main affolée, il tente de le reprendre d’une autre. Faute d’organisation, les Gilets Jaunes se sont dissous dans la violence et ont perdu l’essentiel de leur crédibilité. Ce ne sont pas eux qui mènent la danse des retraites.

Les mouvements du genre Coordinations ou Gilets Jaunes, par leur refus d’être structurés solidement, ne sont pas capables d’assurer le suivi de leurs revendications. L’enthousiasme des débuts se mue en désintérêt, puis en morosité. Ils sont dans le présent, uniquement. N’ayant pas de mémoire, ils ne sauraient se projeter dans l’avenir, contrairement aux syndicats.

Alors, les grandes centrales peuvent clamer aujourd’hui : « Merci Macron »

Jean-Noël Cuénod

 

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