« Black Friday », le vendredi noir de notre langue

 

Black Friday-franglais-France-commerce

© Jason Ellison

Les Etats-Unis confirment, s’il en était besoin, qu’ils ont le mauvais goût très sûr. Outre leurs festivités ineptes, genre Halloween et leur Présimonstre qui éructe dans une Maison de moins en moins Blanche, voilà que cet empire nous impose son « Black Friday », campagne de promotions à gogo pour gogos.Chaque année, les Américains dépensent une soixantaine de milliards de dollars à cette occasion et accomplissent 100 millions de déplacements dans les commerce pour ce seul vendredi noir, à en croire Wikipédia et le site Fundivo.com. Le but : que la fièvre acheteuse qui fait frissonner la période de Noël commence le plus tôt possible. Entre « Thanksgiving » et « Christmas », il ne faut pas laisser le moindre espace au consommateur pour souffler un peu. Il doit raquer, ce sagouin ! Il faut l’enfumer, cette andouille ! Il faut le tailler en pièces, ce veau !

Corollaire à cette décérébration à l’américaine : le déferlement du franglais dans les pubs, sur les affiches et panneaux. Certes, cela fait bien longtemps que les commerces dits « français » ont baissé pavillon. Mais en ce jour de vendredi noir, le tsunami anglo-saxon augmente encore son volume. Impression de vivre en terre étrangère, pis, en terre occupée.

Bien entendu, tenter de défendre la langue française ne vous vaut que regards méprisants et haussements d’épaule. Un indécrottable ringard, pardon, « has been », voilà ce que vous êtes. Incapable de vous fondre dans la fange sirupeuse de la si macronienne « start up nation » : « Mon pauvre vieux, il faut s’ouvrir au monde, sortir de votre franchouillardise , devenir un peu plus ouvert sur les autres cultures».

Des cultures diverses à l’unique sous-culture

S’ouvrir au monde ? Mais quel monde ? Celui d’Amazon ? C’est un monde, Amazon ? S’ouvrir aux autres cultures ? Mais je ne demande que ça ! Mais voilà, il n’y a plus de culture mais une sous-culture unique, celle de la sous-langue américaine chargée de vanter les sous-produits chinois. Il y a des jours, on ne peut pas s’empêcher de finkielkrautiser.

Le Plouc en vient même à regretter ce que, jadis, la France avait de plus irritant : son chauvinisme. Ce chauvinisme qui faisait ricaner les voisins lorsque l’équipe de France de foot prenait une déculottée. Mais au moins les Français réagissaient, défendaient ce qui faisait leur culture, leur être au monde particulier. Une culture qui n’avait rien de lepéniste, au contraire, puisqu’elle ramassait en une fierté les origines les plus diverses.

Aujourd’hui, c’est un troupeau plus du tout chauvin, certes, qui défile dans les centres commerciaux entre les panneaux « For sale » et « Follement Price ». Un troupeau qui a accepté la mainmise du globish sur son cerveau.

« Black Friday », c’est surtout un vendredi noir pour la langue française.

Jean-Noël Cuénod

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3 réflexions sur « « Black Friday », le vendredi noir de notre langue »

  1. Stop ! Stop ! Stop ! On n’en peut plus de cet anglicisme ! En septembre dans une Coop valaisanne, l’étage était inondé de « Back to scool » du sol au plafond !!! Merci pour la vidéo très illustrative ! Je t’embrasse bien fort.

  2. La sous-culture que tu pointe fort justement, cher Jean-Noël, se conjugue avec l’abrutissement consumériste, certes, mais aussi avec une forme d’obscénité mémorielle
    car
    pour ce qui me concerne, « vendredi noir » nomme cet événement que décrit fort bien Wikipédia, et dont je me souviens comme si c’était… aujourd’hui même :
    Le Vendredi Noir eut lieu en Iran le 8 septembre 1978 (17 Sharivar 1357 du calendrier persan). Le pays était agité depuis quelque temps par des protestations contre le régime de Mohammad Reza Chah. Le soir du 7 septembre, pour la première fois depuis les émeutes de juin 1963, la loi martiale fut décrétée à Téhéran, ainsi que dans onze autres villes (Karaj, Qom, Tabriz, Machhad, Ispahan, Chiraz, Abadan, Ahvaz, Qazvin, Johram et Kazerun). Le lendemain, des protestations massives eurent lieu à Téhéran. L’armée réprima dans le sang les manifestations, ouvrant le feu sur la foule et utilisant des chars et des hélicoptères. De nombreux manifestants furent tués, en majorité des étudiants des écoles religieuses1. L’armée, responsable du massacre, fit état de 87 morts et 205 blessés, tandis que l’opposition dénombrait plus de 4 000 morts, dont 500 pour la seule Place Jaleh

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