Daech, Trump, Poutine : au malheur des femmes

Deux femmes-Picasso

La route est tortueuse vers l’émancipation (Deux femmes courant sur la plage – Pablo Picasso).

C’est entendu, le pire du pire en matière de haine des femmes est l’œuvre des islamistes. Cela dit, dans la Russie de Poutine et les Etats-Unis de Trump, elles ne sont pas à la noce.Le patriarcat est en train de vivre ses derniers moments. Mais il bouge encore, le bougre! Et son agonie se révèle aussi lente et épuisante qu’agitée et sanglante. C’est qu’il s’agit d’une révolution à nulle autre pareille : faire tomber la multimillénaire domination de l’homme sur la femme.

Comme toutes les révolutions, elle est faite d’une série de petits bonds en avant, suivis d’un grand bon en arrière. A la Révolution française, ont succédé l’Empire et la Restauration, puis une autre révolution a éclaté, donnant une forme plus libérale de monarchie, et encore une troisième révolution qui a sombré dans le Second Empire pour, enfin, aboutir à la République. La longue vue est le seul instrument qui vaille pour juger pareils mouvements de fond.

Humiliation et repli en terre d’islam

Les combats d’arrière-garde sont toujours les plus acharnés et les plus cruels car l’énergie du désespoir anime ceux qui s’accrochent à leur pouvoir comme Harpagon à sa cassette. C’est au sein du monde musulman que le patriarcat déploie sa résistance la plus acharnée. Sans doute, les Occidentaux n’ont-ils pas mesuré à quel point la colonisation des pays d’islam a été ressentie par leurs habitants comme une humiliation. Elle s’est révélée d’autant plus aiguë que, jadis, ces sont les musulmans qui dominaient une grande partie du monde, à commencer par l’Europe, en Espagne et dans l’espace ottoman. Cette humiliation a conduit à un repli sur les traditions avec ce sentiment que, si l’on a échoué, c’est que l’on ne les avait pas suffisamment respectées. Or, lorsque des peuples amorcent ce retour en arrière, ils simplifient leurs traditions et, partant, en viennent à les caricaturer. Ainsi, en lisant attentivement le Coran, l’inégalité entre femmes et hommes n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît à première vue. Il n’empêche que c’est cette « première vue » qui est privilégiée par les intégristes prônant le repli.  Dès lors, empêcher la femme d’atteindre l’égalité devient une sorte de résistance au monde occidental honni, confortée par la lecture littérale – et non symbolique – du Saint Livre. C’est une explication possible ; il en est bien d’autres.

Cette simplification de l’islam a été déployée par le wahhabisme sur les ailes des pétrodollars. Les premières victimes de cet islam saoudifié furent les femmes ainsi que les confréries soufies et les écoles musulmanes qui vivaient leur religion avec ses milles et une subtilités. Or l’intégrisme abhorre les subtilités qui parasitent son discours massif.

On ne le sait que trop bien, cette régression a servi d’aliment idéologique aux islamoterroristes d’Al Qaeda, Daech et autres Talibans.

Les femmes vues par Trump et Poutine

En Occident, en Europe, régions du monde où elle se porte pourtant nettement mieux, la cause des femmes vient d’essuyer de sérieux revers. Aux Etats-Unis, Trump commence à mettre en acte la misogynie dont il avait fait montre durant sa campagne. L’un de ses premiers décrets présidentiels, signé lundi 23 janvier, interdit le financement d’œuvres d’entraide internationales qui soutiennent le libre-choix de procréation pour les femmes, sous prétexte de lutter contre l’avortement. Or, ces organismes prodiguent des soins vitaux dans les régions les plus pauvres de la planète. Mais de cela, Trump se fiche comme de sa première moumoute, l’important étant de complaire aux franges intégristes du catholicisme et de l’évangélisme de son électorat.

En Russie, le parlement a adopté, mercredi, une loi dépénalisant les violences commises dans le cercle familial, si elles n’entrainent pas une hospitalisation. Jusqu’alors ces violences relevaient du Code pénal et pouvaient valoir à leur auteur une peine maximale de deux ans d’emprisonnement. Avec cette loi, elles ne figurent plus dans le code et deviennent une infraction administrative qui ne prévoit, au maximum, qu’une amende de 30 000 roubles, soit 496 francs ou 464 euros. Il faut encore que ce projet passe au Sénat puis soit signé par la présidence pour devenir effectif. Mais comme il a été porté par Russie Unie, le parti de Poutine, son issue favorable est assurée. Or, le simple fait de lever la main sur son conjoint est en soi suffisamment grave pour que la justice intervienne, même si la victime n’a pas été hospitalisée. Attendre une blessure grave pour agir est une manière d’encourager l’escalade de la violence.

Qu’une Russe meurt toutes les 63 minutes à la suite de violences domestiques et que plus de 650 000 femmes de ce pays soient battues par leurs maris ou compagnons[1], cela pèse peu devant les pressions exercées par l’Eglise orthodoxe. Celle-ci a soutenu activement cette dépénalisation « afin de sauvegarder les valeurs familiales traditionnelles ». Ah, mais ça change tout ! En flanquant une rouste à son épouse, on n’est plus une brute mais le sourcilleux gardien des « valeurs familiales traditionnelles ». A quand la décoration de l’Ordre de Sainte-Catherine-La-Grande-Martyre ?

Ne pas confondre religion et confession

Dans de nombreux cas de régression misogyne, on retrouve donc une institution confessionnelle, c’est-à-dire une instance du pouvoir qui tord une religion dans le sens qu’elle veut afin de conserver des privilèges pour elle même ou pour la caste qu’elle représente. La religion, c’est l’aspiration des êtres humains à se relier avec ce qui les dépasse. La confession, c’est une approche particulière de la religion. Sur cette approche particulière, se construit une institution confessionnelle qui, au mieux, véhicule une partie de cette aspiration religieuse et, au pire, en utilise la force pour exercer un pouvoir sur les humains. D’où l’importance sociale, mais aussi spirituelle, de la laïcité qui vise à empêcher l’institution confessionnelle de se dévoyer dans l’exercice du pouvoir politique.

Dès lors, l’émancipation des femmes passe forcément par la laïcité et par une vision antiautoritaire de la religion.

Mais comme rien n’est simple en ce bas monde, il arrive parfois que des femmes se fassent les alliées de la domination masculine, comme ces jeunes filles qui participent à l’islamoterrorisme, comme cette députée de Russie Unie, Olga Batalina, qui a défendu le projet de loi dépénalisant les violences intrafamiliales, comme toutes ces Américaines qui ont voté pour celui qui les insultait.

Depuis qu’il est apparu sur terre, l’humain a suivi un chemin tortueux vers son émancipation, comme évoqué au début de ce texte à propos du féminisme. Un chemin fait de retours, de drôles de zigs et d’étranges zags. Et souvent, il se fait l’artisan de son oppression. Il n’est pas incorrigible, non, car, malgré tout, il avance, l’humain. Mais avec quelle peine… « Frères humains qui après nous vivez, n’ayez les cœurs contre nous endurcis ».

Jean-Noël Cuénod

 

[1] Chiffres cités par l’ONG russe « Anna » Centre national contre la violence familiale en se référant aux stastistiques de la police russe.

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