Trump: «Chérie, j’ai rétréci l’Amérique!»

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©mmDozer

Incorrigibles, les chefs d’Etat! Ils sont élus pour nous conduire au Sud (ou au Nord). Et c’est au Nord (ou au Sud) qu’ils nous mènent. La droite française avait voté De Gaulle pour maintenir les colonies. Et c’est la décolonisation qu’elle a obtenue. Trump ne déroge pas: Make America Great Again postillonnait-il. Make America small again, lui répond l’écho venu du Kurdistan syrien. Le lâchage des Kurdes par le promoteur immobilier de la Maison-Blanche est tout sauf surprenant. Ses alliés contre Daech souffrent d’un déplorable handicap : ils ne font pas partie de son socle électoral. Et seule importe sa réélection. Le monde peut bien crever. Rien à cirer. A part ses bottines de cow-boy des carpettes.

Cela dit, avec son cynisme qui ne voit pas plus loin que la visière de sa moumoute, le président américain ne fait qu’appliquer une politique initiée par ses prédécesseurs : se désengager des terrains qui font mal. Au risque de rétrécir les Etats-Unis. Et la démocratie.

Le très prévisible Trump

Les commentateurs diplomatiques ne cessent de se plaindre du caractère «imprévisible» du président américain. Dans les faits, c’est tout le contraire. Les ennemis des Etats-Unis n’ont aucune peine à voir dans son jeu. Trump, c’est Rantanplan jouant au poker.

Il déroule toujours le même schéma : injures à coups de tweets, menaces des foudres thermonucléaires à qui ne se soumet pas à sa volonté, baisse du volume sonore par ses conseillers, dégonflement de la baudruche et on passe à un autre tweet. Les menacés, eux, rigolent et n’en font qu’à leur tête.

Demandez un peu (poliment car c’est un garçon qui a le missile facile) à Kim Jong Un comment il a roulé Trump dans la farine en poursuivant son programme nucléaire après avoir fait un selfie avec le président américain. Les Iraniens aussi se montrent peu impressionnés par les foudres trumpiennes.

Quant au néo-Sultan turc Recep Tayyip Erdogan, c’est un habitué des pieds-de-nez aux Américains comme l’indique un intéressant article diffusé par Slate (http://www.slate.fr/story/182760/syrie-turquie-trump-kurdes-etats-unis-credibilite).

Après avoir aidé l’Iran à échapper aux sanctions américaines, il s’est procuré auprès des Russes, le système de défense antiaérienne et antimissile S-400, totalement incompatible avec le système de défense de l’OTAN. Or, la Turquie en est membre (si, si !). Les Etats-Unis ont sommé Erdogan de renoncer à cette acquisition faite auprès d’un ennemi déclaré de l’Organisation atlantique. Selon le Pentagone, le plus grave dans cet achat est qu’il risque de permettre à la Russie de connaître tous les petits et grands secrets du nouvel avion furtif américain, le F-35. En effet, l’armée russe a envoyé des conseillers pour former à l’utilisation des S-400 leurs collègues turcs. Et les missiles russes étant dotés de puissants radars, les conseillers russes en Turquie seront aux premières loges pour scruter ce bijou de la technologie américaine.

Au début de cet été, les Etats-Unis ont multiplié les menaces pour empêcher Ankara de se doter d’un tel arsenal. Résultat ? La dernière livraison des missiles russes en Turquie s’est conclue le 15 septembre dernier. Erdogan en a rajouté une couche en déclarant que son pays pourrait même participer à la production des futurs S-500 en Russie. Aux dernières nouvelles la Turquie fait toujours partie de l’OTAN.

L’Amérique qui fait rire et l’Europe qui fait pleurer

Ainsi, lorsque Trump, après avoir donné le feu vert à Ankara pour détruire les Kurdes, se ravise en menaçant «d’anéantir totalement» l’économie turque, cela fait sur Erdogan autant d’effet qu’un zéphyr sur sa nuque rasée. Cause toujours, Donald, tu m’intéresses !

Trump apparaît désormais aux yeux du monde pour ce qu’il est : un faux dur et un vrai mou, un Tartarin de Tarascon qui s’exclame : «Retenez-moi, ou je fais un mmmalheur!» sachant que, justement, une cohorte de conseillers est là pour le retenir.

La trahison commise par les Etats-Unis au détriment des Kurdes, vainqueurs des terroristes de Daech, a pour conséquence de livrer à la Russie de Poutine le premier rôle dans cette région hautement stratégique. Mais surtout cet abandon va rester inscrit dans les mémoires. Les Etats-Unis seront discrédités pour longtemps.

Vers quelle autre démocratie se tourner ? L’Europe ? Restons sérieux! Aucune armée d’envergure, aucune diplomatie commune, aucune gouvernance fédérale. Comment devenir une puissance qui compte avec de tels handicaps ?

Voilà donc la démocratie représentée par une Amérique de Trump qui fait rire et une Europe impotente qui fait pleurer. Dès lors, le capitalisme stalinien chinois, le tsarisme électif russe, la démocrature turque, le despotisme islamique version iranienne et version Golfe ont tout loisir de mener le jeu du monde.

Jean-Noël Cuénod

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