#Burqa ou pas? Inévitable mauvaise question

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Une polémique en Suisse et des rixes en Corse remettent burqa, burqini, niqab sur le tapis. Face aux défis jetés par l’islamoterrorisme, relancer un débat sur cette bigoterie textile semble dérisoire. Impossible pourtant de l’éviter…

Parmi les nombreux péchés dans lesquels sombrent les bigots pétromonarchiques et talibanesques, l’emballage des femmes façon niqab, burqa ou, version balnéaire, burqini, n’est pas le moindre. Fourrer dans des sacs à patates, cette sublime création divine qu’est le corps féminin, est un crachat expulsé à la face d’Allah.
Cela dit, faut-il élever cette monstruosité au rang de question principale dans les relations entre les pays européens et l’islam? Face aux défis lancés par l’islamoterrorisme, cette question paraît dérisoire puisqu’elle ne concerne qu’une infime minorité de musulmanes. Néanmoins, l’emballage des femmes revient régulièrement dans l’opinion, comme un emblème inacceptable pour notre société démocratique. Une polémique en Suisse et des rixes en Corse, ont remis le voile intégral sur le tapis. Impossible désormais d’éviter cette mauvaise question.
Récemment, deux conseillers d’Etat socialistes, le Zurichois Mario Fehr et le Vaudois Pierre-Yves Maillard ont publiquement affirmé leur opposition au voile intégral, alors que le Comité d’Erkingen, composé de conservateurs et de membres de l’UDC, a lancé une initiative populaire pour bannir la burqa et le niqab de l’espace public suisse, comme cela se fait déjà au Tessin. Les déclarations de ces deux magistrats socialistes s’opposent à la ligne de leur parti vis-à-vis de cette initiative et ont sorti maints camarades de leur torpeur estivale.
La France a interdit depuis six ans le port du voile intégral mais c’est désormais la version balnéaire de l’emballage intégriste – le burqini – qui est cause de troubles. Le gouvernement Valls envisagerait de l’interdire sur l’ensemble de la République comme le laisse entendre la ministre de la Famille Laurence Rossignol. Plusieurs municipalités de la Côte d’Azur, Cannes par exemple, ont interdit la fréquentation des plages municipales aux «emballées», décision avalisée par la justice. En Corse, le port du burqini a provoqué des rixes sur la plage de Sisco ce qui a conduit le maire de la commune à l’interdire à son tour.

Faut-il prohiber, en Suisse, le voile intégral et en France, le burqini ? Mauvaise question, disions-nous, car nous perdons un temps précieux à polémiquer, débattre, légiférer sur la tenue des musulmanes, alors que nous devons prendre des décisions autrement plus vitales pour éradiquer l’islamoterrorisme: réformes des agences de renseignement – avec tous les problèmes délicats que cela soulève –, unité au sein des pays et du continent pour faire bloc contre le djihadisme, mise sur pied des structures sociales nécessaires à l’intégration des jeunes musulmans dans le circuit économique, dialogue avec les autorités morales de l’islam européen pour qu’elles présentent aux enfants musulmans une offre spirituelle les dissuadant de sombrer le terrorisme. Voilà les vraies, bonnes questions qui sont diablement, si j’ose dire, complexes à résoudre. J’ai peur que la burqa ne les voile et nous pousse à nous contenter du plus facile, à savoir inscrire une interdiction de plus dans la loi (mais la faire appliquer, ce sera une autre paire de burqini !)

Cela dit, depuis la série d’attentats islamoterroristes en France et un peu partout en Europe, les mentalités ont été bouleversées. Ce qui était perçu comme une insulte à la femme est aujourd’hui ressenti comme une intolérable provocation. S’il ne faut pas donner aux signes emblématiques un poids qu’ils n’ont pas, il serait coupable d’en ignorer l’impact. Le voile intégral est inacceptable sous nos cieux. D’ailleurs, les touristes saoudiens pourraient avoir la plus élémentaire politesse de s’en rendre compte afin de ne pas choquer leurs hôtes. Après tout, ces Tartuffe moyen-orientaux n’ont-ils pas exigé des marques suisses de montres qu’elles effacent de leurs boîtiers les croix helvétiques?

Alors, en fin de compte, faut-il ou non le jeter au large, ce voile intégral ? Le seul critère valable à prendre en compte dans nos pays démocratiques est la préservation de l’ordre public. Si celui-ci n’est pas troublé, une interdiction n’est pas nécessaire et serait-même contreproductive en excitant les provocations. Mais si la tranquillité sociale est perturbée par ce genre de tenue – ce qui semble être de plus en plus le cas –, il appartient à l’Etat de faire cesser le trouble en prohibant la burqa de la discorde, comme l’a fait le maire corse de Sisco à propos du burqini.

Dès lors, en Suisse, il faudrait non pas interdire ipso facto le port du voile intégral sur la place publique, mais permettre aux autorités communales, cantonales et fédérales de prendre une telle décision si l’emballage féminin suscite des troubles à l’ordre public.

Jean-Noël Cuénod

3 réflexions au sujet de « #Burqa ou pas? Inévitable mauvaise question »

  1. J’approuve totalement vos propos sauf peut-être pour la conclusion. Si cela devait se faire ainsi, ce serait le « gros bordel ». Une décision pour l’ensemble de la Suisse serait au moins claire. Il y a 400’000 Musulmans en Suisse. Seul un petit pourcentage de ces gens ont une attitude extrémiste (je ne parle pas de terrorisme on est bien d’accord) dans leurs pensées. Ce serait un bon moyen de leur envoyer ce message : « Vous pouvez vivre en paix dans notre pays, avec nous. Vous êtes libres de pratiquer votre religion comme vous voulez mais arrêtez de nous emmerder avec vos revendications ». L’interdiction des minarets va dans ce sens à mon avis.
    Je ne sais ni lire ni écrire et j’espère que vous me comprenez quand même…

  2. Décidément, tant dans la manière avec laquelle, dans notre grossière jeunesse, nous considérions de notre devoir viril « d’emballer les gonzesses », que dans celle de quelques intégristes faux-culs (qui vont aux putes, comme chacun sait) qui les emballent dans des sacs (fussent-ils parfois de seyants burkinis), les femmes n’en finissent d’être considérées, au mieux comme des marchandises, au pire comme des objets !
    Concernant la Corse, je crois avoir perçu qu’il ne s’agissait guère de burkinis, mais de simples (sic!) robes, et que les affrontements sont nés du comportement de racistes et de voyous de part et d’autre : des « Corses » qui les ont photographiés ostensiblement et de manière provocante, des « musulmans » qui en ont profité pour les agresser, de manière tout aussi provocante et raciste en retour. Monsieur le maire devrait avoir le courage de calmer le jeu, plutôt qu’attiser les flammes. Comme quoi, si l’habit fait souvent le moine, la mauvaise information initie tout aussi souvent de la mauvaise politique !

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