Après l’attentat, homélie «diabolique»?

23manifpourtous13janvierPour une fois que votre Plouc parpaillot – d’ordinaire méfiant envers toutes les institutions ecclésiastiques – avait dit du bien de l’Eglise romaine, le voilà puni…

Après l’assassinat du père Jacques Hamel à l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les dirigeants du catholicisme français avaient fait preuve de sang froid, de hauteur de vue et de fermeté d’âme en appelant à cette unité que, justement, les djihadistes veulent briser. Ils offraient ainsi un réconfortant contraste à l’indécent spectacle des politiciens qui, obnubilés par la présentielle de 2017, se sont déchirés en de lamentables polémiques pour soirées Pastis.

Mais voilà, l’homélie du cardinal André Vingt-Trois – prononcée mercredi lors de la messe à Notre-Dame de Paris en l’honneur du père Hamel –, nous a fait brusquement retomber sur terre. Opposant au mariage homosexuel, l’archevêque de Paris n’a pas pu se retenir de fustiger: «Le silence des élites devant les déviances des mœurs et la législation des déviances». Même si elle est formulée de chafouine manière, la pique visait clairement la loi qui a légalisé le mariage homosexuel.

Devant les protestations que ce bout d’homélie a suscitées, le diocèse de Paris a effectué un rétropédalage très politicien: «En aucun cas, il (le cardinal) ne voulait cibler une mesure en particulier, surtout pas le mariage pour les couples homosexuels. Il ciblait plutôt l’ensemble des évolutions sur la bioéthique, la fin de vie, la gestation» (Le Huffington Post). Le cardinal Vingt-Trois ayant participé très activement aux «Manifs pour tous» qui combattaient le projet de loi sur le mariage gay (photo prise à Paris le 13 janvier 2013), on peut légitimement mettre en doute la bonne foi de cette explication.

Et quand bien même le cardinal aurait sincèrement voulu ne s’attaquer, comme le soutient son diocèse, qu’à «l’ensemble des évolutions sur la bioéthique, la fin de vie, la gestation», ce n’était vraiment pas le lieu ni le moment pour mettre sur l’autel les sujets qui séparent les citoyens. A notre Notre-Dame, ces citoyens avaient besoin de se retrouver uni en mémoire du père Jacques Hamel, de faire la paix avec les autres et eux-mêmes. Ils n’avaient nul besoin d’ouïr un prélat leur débiter la doctrine de l’Eglise sur la bioéthique, doctrine qui n’est qu’un point de vue humain parmi d’autres.

Certes, comme n’importe quel citoyen, l’archevêque de Paris a le droit d’exprimer ses opinions contre le mariage homosexuel et de promouvoir ce qu’il pense être juste en matière de bioéthique et de fin de vie. Mais pas n’importe où, pas n’importe quand. Monseigneur Vingt-Trois a prononcé des paroles de division au moment où il fallait faire l’unité. Dans la mesure où l’étymologie du mot diable en grec – «diabolein» – signifie «qui divise, qui sépare», ce bout d’homélie ne serait-il pas quelque peu «diabolique» ? Un diable dont on sait qu’il niche dans les détails.

En tout cas, avant de prononcer ses paroles, le cardinal aurait dû se rappeler deux versets de Qohelet (Ecclésiaste), III-1 et III-7 :

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux (…); un temps pour déchirer, et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler.

Jean-Noël Cuénod  

2 réflexions au sujet de « Après l’attentat, homélie «diabolique»? »

  1. Le « père » Hamel (trois fois !), au lieu du « prêtre Hamel », ou de « M. Hamel » ? M. Cuenod, votre empathie va jusqu’à emprunter le jargon d’Église ? Bizarre.

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