Israël en errance dans le Grand Désert de la Solitude

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©Wikimedia Commons (Andrew DesLauriers)

En misant sur un seul allié puissant, Israël a mis tous ses œufs dans le même panier. Grossière erreur de jugement qu’aucune grand-mère faisant son marché n’aurait commise. Et l’Etat Hébreu se prépare à s’infliger une omelette fort indigeste car l’allié étatsunien commence à prendre ses distances. Pour Israël, le Grand Désert de la Solitude se profile à l’horizon.

Depuis que Donald Trump s’est laissé embarquer par Nétanyahou dans l’aventureuse – ou plutôt la « mésaventureuse » – guerre en Iran, les premières fissures surgissent au grand jour.

Début juin, l’Agent Orange a copieusement insulté son « meilleur ami », accusant le premier ministre israélien de torpiller les laborieuses négociations avec le gouvernement iranien.

Cela dit, Dingo Donald insulte tout le monde à tout bout de champ. Et comme il passe de l’injure au dithyrambe aussi facilement qu’il émet ses tweets, on est vite passé à autre chose.

Le « crapaud de bénitier » entre en scène

Sauf que maintenant, c’est son « crapaud de bénitier » de vice-président qui attaque frontalement le gouvernement israélien :

Donald Trump est le seul chef d’Etat au monde à être bienveillant envers la nation d’Israël en ce moment précis. Et il se trouve qu’il est le chef d’Etat de la superpuissance mondiale. Si je faisais partie du cabinet du gouvernement israélien, je n’attaquerais peut-être pas le seul allié puissant qu’il me reste encore. Sous-entendu: « mais pour combien de temps? »

L’intégriste catho J.D. Vance répliquait ainsi aux deux ministre intégristes israéliens, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, qui avaient vilipendé l’accord de cessez-le-feu entre Trump et le gouvernement iranien ou plutôt les Gardiens de la Révolution qui détiennent visiblement la réalité du pouvoir à Téhéran.

L’image d’Israël s’effondre aux Etats-Unis

Si la droite israélienne au pouvoir espère que ces nuages orageux se dissiperont bientôt, elle risque de se tromper. L’effondrement de l’image de l’Etat hébreu au sein de la population étatsunienne démontre la profondeur de la faille entre Washington et Jérusalem.

Selon un sondage (1) réalisé par l’institut Pew Research Center  :

– 60 % des adultes américains ont une opinion défavorable d’Israël, contre 53 % l’année dernière;

– 59 % ont peu ou pas du tout confiance en Netanyahou pour prendre les bonnes décisions concernant les affaires mondiales – contre 52 % l’année dernière;

– dans les deux grands partis politiques – démocrates et républicains – la majorité des adultes de moins de 50 ans jugent désormais négativement Israël et Netanyahou.

Constat particulièrement inquiétant pour le gouvernement israélien: l’impopularité grandissante d’Israël auprès des jeunes étatsuniens. Et c’est un institut israélien INSS (Institute for National

Security Studies) qui l’a dressé:

– 75% des 18-29 ans expriment une opinion défavorable d’Israël, contre 67% chez les 30-49 ans;

– concernant les démocrates de 18-29 ans, ce chiffre atteint 85%, contre 83% chez les 30-49 ans;

– pour les républicains (traditionnellement pro-israéliens) de 18-29 ans, ce pourcentage atteint 64%, contre 52% chez les 30-49 ans.

La politique de Trump en Iran désavouée

Déjà en fâcheuse posture dans l’opinion, Trump et son Parti républicain prennent de plein fouet un autre sondage (AP-NORC) établi entre le 11 et le 17 juin: 65% des Etatsuniens désapprouvent la politique de leur président en Iran.

Dingo Donald a beau gesticuler à Versailles pour promouvoir l’accord sur le cessez-le-feu avec l’Iran, en le présentant comme son éclatante victoire, même les Etatsuniens commencent fortement à en douter. D’où la colère de Trump contre le chef du gouvernement israélien qui l’avait persuadé de frapper l’Iran.

Cette guerre qui devait assurer à Nétanyahou sa réélection dans quatre mois et une gloire durable sera-t-elle son tombeau politique?

Car les Israéliens sont en train de prendre conscience que rien ne dure en ce monde, surtout pas les alliances géopolitiques.

D’autant plus, qu’ils sont saisis de vertige devant ce fait nouveau. Nétanyahou ne tient plus Trump dans sa main. Ce lien particulier entre les deux hommes, présenté comme insécable,  paraît aussi fragile qu’une ficelle usée.

Washington tient le magasin aux munitions

Tant qu’ils pouvaient compter sur l’immuable et inconditionnel soutien des Etats-Unis, les Israéliens ne se souciaient guère de se mettre à dos la plupart des Etats de la planète en rejetant la solution dite « à deux Etats » (israélien et palestinien) et toute perspective de paix dans cette région. C’était le temps de la stratégie de la guerre sempiternelle contre les voisins palestiniens, avec ici ou là quelques répits très temporaires.

Mais sans appui des Etats-Unis, cette stratégie tombe à l’eau. C’est Washington qui tient le magasin à munitions. Or, ni Trump ni Vance – bientôt candidat à la Maison Blanche – prendront le risque de soutenir un pays devenu impopulaire aux yeux de leurs électeurs. Le duopole Trump-Vance n’a aucun état d’âme: seul compte le pouvoir qui permet la prédation.

Retour de la solution à deux Etats?

Dès lors, c’est l’existence même d’Israël qui est en jeu. l’Etat hébreu risque d’entamer sa marche dans le Désert de la Grande Solitude en ayant fort peu de biscuit.

Jérusalem sera contraint de tenir enfin compte de ses voisins arabes. Et la solution « à deux Etats » – que l’on croyait définitivement enterrée – sera peut-être sa planche de salut. Mais lesdits voisins la voudront-ils encore, cette solution?

1 Réalisé entre les 23 et 29 mars derniers sur 3.507 Etatsuniens adultes

Jean-Noël Cuénod

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