
François Mitterrand et son fils Gilbert, député-Maire de Libourne, photo prise à Blaye, le 23 mai 1987 ©Collection Sud-Ouest
Il y a 30 ans, le 8 janvier 1996, François Mitterrand rejoignait ces « forces de l’esprit » qu’il évoquait lors de ses derniers vœux télévisés de Nouvel An. Il y a bientôt 110 ans, celui qui a présidé la France pendant deux septennats naissait en Charente, département de la Région Nouvelle-Aquitaine. L’historien Bernard Lachaise retrace le parcours du président sur ses terres natales.
Si la France a élevé Charles de Gaulle au rang de divinité tutélaire, elle a pris François Mitterrand pour amant. Aussi opposés, aussi dissemblables furent-ils, ces deux hommes ont marqué la Ve République d’une empreinte pour l’un, d’une trace pour l’autre. A eux deux, ils l’ont présidée sur un quart de siècle en 67 ans d’existence. L’un de leurs rares points communs: l’attachement à la province natale.
De Jarnac à l’Elysée
Professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’Université Bordeaux-Montaigne, Bernard Lachaise a consacré de nombreux travaux au gaullisme et au Sud-Ouest. Pour les éditions Memoring, il a brossé une série de portraits d’acteurs politiques de la Région Nouvelle-Aquitaine(1): De Gaulle et l’Aquitaine. De l’enfance à la présidence, Robert Boulin et Jean Charbonnel. A ces figures du gaullisme, le professeur Lachaise, ajoute celle du grand adversaire avec son dernier livre, Mitterrand et l’Aquitaine. De Jarnac à l’Elysée.
Feu le président est né à Jarnac, le 26 octobre 1916, ville de la Saintonge, dans le département de la Charente. Cette terre aquitaine « au ciel mouillé » surgira souvent au détour de sa conversation, au fil de sa plume: « Cette enfance, je l’ai surtout vécue en pleine campagne dans la propriété de mes grands-parents, à la limite des départements de Charente et Dordogne (…) J’ai appris là ce que sont les heures, la courbe des jours, les saisons. Le temps et les choses parlaient de Dieu comme d’une évidence. »
Gourmandises
Terre « au ciel mouillé » et aux labours généreux. Ne pas être gourmand en ces lieux relève du dernier mauvais goût. Et gourmand, Mitterrand le fut. En 1938, lors d’un repas sans doute inoubliable à l’hôtel Chabrol de Brantôme, le futur avocat écrivit sur le livre d’or de l’établissement: « Brantôme est la neuvième preuve de l’existence de Dieu »(2). Il faut dire que la « Venise du Périgord Vert » a de quoi émouvoir le voyageur et pas seulement ses papilles.
Pourtant, ce n’est pas en Aquitaine, que François Mitterrand installa son camp de base pour préparer l’ascension vers les sommets de la République, mais en Bourgogne, à Nevers, fief de la famille de son épouse Danielle Gouze. Autre province riche en histoire. Et en vignobles.
Après ceux de Jarnac et du Cognaçais, les « climats » de Nuits-Saint-Georges et autres hauts lieux du vin. Toutefois, c’est en Aquitaine, notamment dans les Landes, à Latche, qu’il vint régulièrement se ressourcer.
Souvenirs contrastés
Aujourd’hui, la mémoire du général de Gaulle crée l’un des rares consensus au sein des Français. Même les héritiers politiques de ceux qui voulaient jadis l’assassiner chantent maintenant ses louanges(3).
Le souvenir que laisse François Mitterrand reste beaucoup plus contrasté. Ses ennemis d’hier ne lui ont pas encore pardonné ses quatorze ans de règne et nombre de ses amis lui sont restés fidèles. Même si à gauche, à l’image de Lionel Jospin, d’aucuns font valoir leur « droit d’inventaire » ou, plus virulents, l’accusent d’avoir noyé les idéaux du socialisme dans la mélasse du néolibéralisme.
Il reste enfin l’homme dans toutes ses contradictions, ses reniements, ses grandeurs, ses petitesses, sa vision, ses trahisons, son savoir-faire.
Demeure aussi cette France aux doux paysages, aux villages serrés contre leur église, aux vallons boisés, aux toits luisant sous la pluie, aux sentiers ruisselant de soleil, aux bons petits plats, aux pichets de vin sous la treille… Cette France, François Mitterrand l’a aimée de toutes ses fibres.
1 Plus grande région de la France en superficie.
2 Thomas d’Aquin en comptait cinq. Outre celle apportée par le bourg de Brantôme, quelles sont les trois autres? La réponse vaut son pensant de truffes du Périgord!
3 Le mouvement d’extrême-droite OAS contre l’indépendance de l’Algérie a commis deux tentatives d’attentat contre le général de Gaulle, le 8 septembre 1961 et le 22 août 1962.
Jean-Noël Cuénod
Conférence de Bernard Lachaise sur Mitterrand et l’Aquitaine
Si vos pas vous conduisent entre Charente, Haute-Vienne et Dordogne n’hésitez pas à faire un crochet au Château de Beaurecueil – Forge de la poésie, 116 impasse de Beaurecueil, commune de Mareuil-en-Périgord, sur la route départementale 708, entre les villages de Saint-Sulpice-de-Mareuil et Rudeau.
L’historien Bernard Lachaise y présentera son livre lors d’une conférence « au coin du feu » samedi 24 janvier 2026 à 15h30. Merci de réserver: jean-noel.cuenod@orange.fr.