Qui s’intéresse encore aux Palestiniens ?

Palestiniens-Israéliens-Jérusalem

Lorsqu’un dirigeant politique parle de la Palestine, il a la tête ailleurs. Passons sur l’actuel gouvernement Netanyahou qui avance ses colonies avec la constance d’un char d’assaut et sur Trump qui doit satisfaire son socle électoral en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël. Il fait ainsi d’une rocket deux coups en remplissant les carnets de commande du complexe militaro-industriel américain grâce au surcroît de désordre ainsi créé. Complexe dont le président Eisenhower en dénonçait déjà les dérives lors de son ultime discours en 1960 (voir vidéo).Pour les Etats arabes et la nébuleuse irano-chiite aussi, les Palestiniens sont quantité négligeable ; ils ne servent que de variables d’ajustement pour conforter leurs gouvernements basés sur la corruption et la tyrannie ou satisfaire leurs visées hégémoniques. On agite les Palestiniens avant de s’en servir.

A leur égard, le cynisme des Saoudiens s’est illustré de façon brutale en novembre, comme l’a révélé le New York Times. Le prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS) a fait cette proposition pressante à Mahmoud Abbas, le président de ce qui reste d’autorité palestinienne : renoncer à faire de Jérusalem-Est la capitale de la Palestine. Et si Abbas n’accepte pas, MBS lui a clairement signifié qu’il serait aussitôt remplacé par un sbire plus malléable.

Comme on le sait, Israël est devenu pour Ryad un allié objectif dans le conflit qui l’oppose à l’Iran et au chiisme. Les Palestiniens sont donc d’autant plus aisément sacrifiés que le Royaume wahhabite ne s’en est jamais soucié.

Il en va de même pour l’Iran et son allié libanais du Hezbollah : les Palestiniens ne comptent pas, sinon pour tenter d’enfoncer un coin dans le camp des sunnites (confession largement majoritaire en Palestine) et servir de prétextes à des campagnes non seulement anti-Israéliennes mais carrément antisémites.

Quant à l’Europe, la France est le seul pays qui a une vision digne de ce nom du Moyen-Orient. Son président Emmanuel Macron prend des positions équilibrées et censées. Mais que pèse-t-elle ? Et que peut-elle ?

Il fut un temps où la Suisse développait une politique discrète et active en faveur de la paix entre Israël et la Palestine. Mais désormais la diplomatie helvétique n’est mobilisée que sur un seul objectif : le commerce extérieur.

Qui veut vraiment la paix entre Palestiniens et Israéliens ?

Peu importent les justifications bibliques ou coraniques concernant Jérusalem comme capitale des uns et des autres ; ils sont là, les Palestiniens. Alors qu’en faire ? Conserver leur statut de citoyens de troisième zone, évoluant dans une sorte d’occupation à perpétuité ? Cette situation ne peut pas durer éternellement, au risque de devenir explosive et de se retourner contre Israël. Les inclure dans le territoire israélien ? Les musulmans deviendront majoritaires, ruinant ainsi les efforts des pionniers pour construire un Etat juif. Créer un Etat démilitarisé qui risque fort de devenir croupion ? Les Israéliens n’en veulent pas et les Palestiniens ne semblent guère enthousiastes.

Jadis brillante, la classe politique israélienne s’enfonce aujourd’hui dans la médiocrité. Quant aux dirigeants politiques palestiniens, entre la corruption, la présence du Hamas fascisant à Gaza et l’incapacité à mobiliser la population sur des objectifs réalistes et démocratiques, leur faillite est sans appel.

Alors, les commentateurs y vont de leurs conseils : « Les Palestiniens ne doivent compter que sur eux-mêmes. » Et comment fait-on, pour compter sur soi-même avec de tels handicaps ? La situation semble d’autant plus inextricable que le désir de paix ne fleurit que dans des discours débités façon automate.

Au fond, ni les dirigeants palestiniens ni ceux d’Israël n’ont vraiment intérêt à ce que la paix survienne. L’état de guerre développe les petits et grands trafics clandestins qui font vivre grassement les chefs du Fatah et du Hamas ; il permet à Israël de devenir une place forte de la cyberéconomie grâce à la solidarité financière des Etats-Unis. Ce n’est pas d’hier, hélas. La guerre reste une formidable opportunité pour les rapaces et une calamité pour les peuples.

Alors, peut-être, peut-être, que les moulinets mercantiles de Trump transformeront le désordre actuel du Moyen-Orient en foutoir tellement incontrôlable que la guerre deviendra économiquement moins intéressante. On peut toujours rêver à défaut d’espérer.

Jean-Noël Cuénod

Les avertissements d’Eisenhower en… 1960

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