Législatives2017:Bémols pour Macron en fanfare

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Dessin d’Acé

L’affaire est entendue. Elle est même pliée. Le président Macron continue sa marche sur les eaux d’une France transformée en lac de Tibériade. Avec près de 33% des voix au premier tour des élections législatives, son parti La République En Marche aura de 400 à 440 députés sur les 577 composant l’Assemblée nationale. C’est quasiment une majorité de type Soviet Suprême. La droite LR est laminée avec 21% des suffrages et le Parti socialiste est définitivement mort avec seulement 9%. Le Front national essuie une défaite (13,5% des voix) et paie l’incompétence crasse de sa patronne Marine Le Pen, révélée lors du désormais fameux duel télévisé contre Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon et sa France Insoumise (11% des voix) ne confirment pas leurs bons résultats de la présidentielle. Mais pour Mélenchon, l’essentiel a été atteint: le PS de Mitterrand va disparaître. Voilà pour la partition jouée avec un bel entrain par le Macron’s Brass Band. Toutefois, les bémols n’y manquent pas.Par effet de levier dû au scrutin majoritaire, le pourcentage obtenu par LREM va se traduire en raz-de-Macron alors que s’il est important, ce résultat n’est pas aussi triomphal que pourrait le laisser croire la future avalanche de députés macroniens.

L’abstention-record, plus de 50%, n’annonce pas une adhésion enthousiaste aux projets défendus avec plus ou moins de clarté, par le président Macron. Si l’on ajoute à ce taux celui obtenu par les deux formations les plus farouchement anti-macronienne – Front National et France Insoumise – on parvient à un pourcentage de 77,7% de citoyens qui restent insensibles aux sirènes En Marche.

Ce n’est pas tout. Une intéressante étude de Harris Interactive indique que si 49% des électeurs de Macron ont fait un vote d’adhésion, 42% se sont contentés de voter «utile». Dans les autres formations, le vote d’adhésion est beaucoup plus net.

Un autre élément gênant pour La République En Marche apparaît dans cette analyse. 27% des «sondés» souhaitent que le parti macronien dispose à lui seul de la majorité absolue. 35% espèrent qu’il détiendra une majorité relative et 38% ne veulent pas qu’il obtienne la majorité et espèrent une cohabitation. Or, c’est l’inverse qui, sans doute, se produira à l’issue du second tour: le président Macron et son parti posséderont la majorité absolue alors que seule une minorité le désire.

Tous ces bémols réunis peuvent provoquer une sacrée cacophonie. Les colères futures ne pourront donc pas s’exprimer au Parlement, dominé par un parti massivement majoritaire. Elles risquent de débouler dans les rues. Ou, peut-être, apparaîtront certaines formes d’opposition nouvelles développées par les réseaux sociaux.

Veillée funèbre du PS à Solférino

legislatives2017-Macron-Filoche

Le Plouc, dimanche soir, s’est rendu au siège du PS. Voici son petit reportage pour la Tribune de Genève et 24 Heures

Rue de Solférino à Paris, l’ambiance est à la veillée funèbre, dimanche soir. Il faut dire que le nom «Solférino» sonne bien pour évoquer le désastre sur un champ de bataille. Mais aujourd’hui, aucun Henri Dunant ne viendra réchauffer les cœurs meurtris. Heureusement, les cadavres ne sont que symboliques, sous forme de parlementaires «dégagés». Toutefois, la perte est colossale. De 273 députés à l’Assemblée nationale, le PS va passer à 20 ou 35 élus, selon les projections pour le second tour. Son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a la tête des très mauvais jours, le front emperlé de sueur et le regard noir. Il y a de quoi puisqu’il est éliminé dès le premier tour dans sa circonscription du XIXe arrondissement de Paris.

S’il admet la défaite du PS – comment faire autrement ? – Cambadélis pointe l’abstention «qui atteint un niveau historique» et lance une pierre dans le jardin en pleine floraison d’Emmanuel Macron: «Il n’est ni sain ni souhaitable qu’un président n’ayant reçu que 24% au premier tour de la présidentielle et élu au second tour grâce au rejet de l’extrême droite obtienne la majorité absolue».

Mais ces paroles lasses ne convainquent personne. A Solférino, aucun «éléphant» n’a daigné barrir devant les micros, mis à part  Jean-Christophe Cambadélis. Mais certaines figures connues semblent déjà avoir tourné la page de ce PS fondé par Mitterrand en 1971 sur les ruines de la SFIO. Par exemple Gérard Filoche (photo JNC), héraut de l’aile gauche:  «J’ai œuvré de toutes mes forces pour que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon concluent un accord avant le premier tour de la présidentielle. Cela ne s’est pas fait et voyez le résultat! Il n’empêche que Benoît Hamon avait récolté 2,4 millions de suffrages. Ce n’est pas rien et cela constitue une base pour se reconstruire. Je lutte pour créer un grand parti de gauche plurielle incluant toutes les composantes de la gauche, y compris les partisans de Mélenchon, bien entendu. Mais soyons clairs, dans ce parti, il n’y aura aucun macronien. On ne saurait être socialiste et favorable à Macron.»

L’une des rares élues socialistes présentes au siège, la sénatrice et ancienne ministre Marie-Noëlle Lienemann, quitte Solférino en rasant les murs à toute vitesse pour éviter les journalistes. Vaine crainte. Aucun micro ne se tend. Personne ne se retourne sur cette petite souris qui se fond au milieu des passants. Bienvenue dans la sphère des anonymes.

Jean-Noël Cuénod

Une réflexion au sujet de « Législatives2017:Bémols pour Macron en fanfare »

  1. La « veillée funèbre », elle est en chacun, chacune de ceux et celles qui, comme moi, ont donné leurs plus jeunes et matures années à ce combat et contemplent, sidérés, le champ de ruines que les caciques du PS, à commencer par Hollande et Cambadélis (mais il y en a tant d’autres!) leur laissent comme cadeau de fin de vie… Et comme faire-part de naissance à la jeunesse de ce temps…
    Mais cela remonte loin: c’est pourquoi j’ai quitté le Ps, après 37ans et 1/3 de ma vie (en comptant le PSU) il y a déjà plusieurs années: je ne supportais plus la lutte des carcasses , les coups bas claniques, les écuries et les courtisans -et encore moins le Roi et la reine de Hollande, jouant au couple royal et se moquant royalement des militants et des élus de base. J’ai appris très tôt, dans mon adolescence militante, qu’on ne pouvait pas réformer le PC ni la SFIO de l’intérieur. Je suis hélas convaincu qu’il en va de même du PS aujourd’hui. Si je n’avais pas eu à bâtir une Ville Nouvelle où mettre en harmonie (autant que possible) mes idéaux et mes actes, j’aurais décroché depuis plus longtemps encore. Ajoutons que la Poésie m’a aidé à supporter la Politique. Il y aurait (il y aura) sans doute un bon bouquin à faire avec les témoignages des « survivants ».

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