Greta Thunberg : Onfray odieux tout puissant !

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Michel Onfray : « Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire »

Noircir ses cibles pour mieux prendre la lumière. Michel Onfray n’est ni le premier ni le dernier à user de ce système. Après Dieu et Freud, entre autres, il vient de prendre pour tête de Turc une Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg qui a réussi là où des bataillons d’adultes avaient échoué: mobiliser des foules de tous pays pour s’opposer au dérèglement climatique.

Contre l’adolescente, ce tout puissant médiacrate qui a son rond de serviette au Point, à France-Culture notamment, a sécrété sur son blogue un texte où l’odieux le dispute au navrant. Son contenu est disponible en entier ici. Vous y trouverez peu d’arguments et beaucoup de mépris.

Pamphlétaire bien plus que philosophe, il s’attaque tout d’abord au physique de Greta Thunberg pour lui ôter son humanité, voire même son corps qu’il transforme en «anticorps » :

Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire, ni étonnement ni stupéfaction, ni peine ni joie. Elle fait songer à ces poupées en silicone qui annoncent la fin de l’humain et l’avènement du posthumain. Elle a le visage, l’âge, le sexe et le corps d’un cyborg du troisième millénaire: son enveloppe est neutre. Elle est hélas ce vers quoi l’Homme va (…)

Que dit ce corps qui est un anticorps, cette chair qui n’a pas de matière, cette âme qui fait la grève de l’école, cette intelligence ventriloquée? Ce que les adultes de la bienpensance progressiste débitent depuis des décennies (…)

Et puis, le diable est dans les détails, ce cyborg neutre et pâle comme la mort, au visage tendu par les épingles du néant, signe parfois ses imprécations avec l’index et le majeur de chaque main, comme pour signifier des guillemets. Il n’y a que dans ces cas-là qu’elle semble encore humaine.

Onfray en père jésuite

« Cyborg neutre et pâle comme la mort, au visage tendu par les épingles du néant »…Dénier l’humanité dans son adversaire, c’est le transformer en ennemi, voire, au degré suivant, en parasite. Le truc est vieux comme les totalitarismes dont Onfray se prétend le pourfendeur. Continuant sur sa lancée, le pamphlétaire introduit de façon chafouine le handicap dont souffre Greta :

Les journalistes nous font savoir avec moult précaution, presque en s’excusant, qu’elle est autiste – il faut le dire, sans le dire, tout en le disant quand même. Dont acte. Je laisse cette information de côté.

« Je laisse cette information de côté »… Il n’empêche que je l’utilise et la publie dans le contexte d’un article particulièrement dépréciatif à l’égard de la jeune fille, comme pour rajouter une louche discrète sur son « anormalité ». Cet anticatholique sait se comporter en jésuite lorsque cela sert son propos.

Contrairement à ce qu’il affirme, le handicap de Greta Thunberg a été largement abordé dans les médias. L’adolescente s’en est d’ailleurs expliqué avec lucidité. Par ignorance ou mauvaise foi, Onfray a utilisé le mot « autiste » qui est un terme fourre-tout qui ne signifie pas grand-chose tant les formes de ce trouble sont nombreuses. Greta souffre en fait du syndrome d’Asperger qui ne connaît ni déficit intellectuel ni retard dans l’apprentissage du langage. A propos de la jeune Suédoise, l’essayiste Mahaut Herrmann explique fort clairement sa situation dans un blogue diffusé par HuffingtonPost (le contenu en entier est disponible ici) :

Un enfant autiste passionné peut devenir rapidement un vrai rat de bibliothèque. Sa sensibilité à la cause qu’elle défend la pousse aussi à s’en emparer avec plus d’intensité que ce qu’on attendrait d’une jeune fille de seize ans.

Josef Schovanec, polyglotte, docteur en philosophie et en sciences sociales, de même que l’écrivain et mathématicien Daniel Tammet ont été diagnostiqués « syndrome d’Asperger ».

Dans l’optique tordue d’Onfray, Greta Thunberg n’est qu’une poupée « ventriloquée ». Par qui ? « La réponse se trouve probablement dans les dossiers du GIEC » écrit-il. Probablement ? Ah bon ? Où sont les preuves ? Cela dit, que la jeune fille s’inspire des travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat serait plutôt un gage de sérieux. En matière de climat, les avis des scientifiques sont tout de même plus éclairants que ceux d’un pamphlétaire ne connaissant la question que par ouï-dire.

Autre extrapolation hasardeuse fulminée par Michel Onfray : « Ce cyborg parle en faveur d’une révolution initiée par le capitalisme vert ». Or, le capitalisme n’est vert que dans ses slogans publicitaires, si l’on songe, par exemple, à la puissance des « lobbies » de l’industrie chimique qui sape toutes les tentatives des parlements pour interdire le glyphosate. Et si le capitalisme devait, par miracle, se mettre à verdir vraiment, qui pourrait s’en plaindre ? Si nous devions attendre l’avènement du socialisme libertaire souhaité par Onfray pour sauver la planète, l’humanité risquerait fort de passer par pertes et profits.

La rançon de l’infantilité des adultes

Ce qui dérange le plus l’ex-professeur Michel Onfray, c’est de se faire donner la leçon par une gamine :

(…) Un enfant qui fait la leçon aux adultes qui ne mouftent pas et jubilent même de recevoir des coups de leur progéniture, voilà sans conteste matière à conjecturer que nous entrons dans le stade suprême du nihilisme.

Lorsque les adultes font preuve d’infantilité en fonçant et klaxonnant vers le mur de la crise environnementale, en brûlant des radars routiers, en piquant une crise de nerf collective lorsque la vitesse limite passe de 90 à 80 km/h, en passant leur temps à des jeux débiles, en élisant des Trump, des Boris Johnson, des Bolsonaro, des Salvini et autres excités du tweet crétin, il ne faut pas s’étonner que les enfants prennent les responsabilités laissées à l’abandon par leurs parents.

Ce texte d’Onfray est d’autant plus insoutenable qu’il provient de l’auteur de livres marquants, notamment sa biographie de Camus (L’Ordre libertaire : La Vie philosophique d’Albert Camus, Flammarion). Elle restitue à ce grand philosophe toute la profondeur et l’actualité de sa pensée. Mais à force courir sus à la « bienpensance », Michel Onfray en vient à penser comme un pied.

Jean-Noël Cuénod

11 réflexions sur « Greta Thunberg : Onfray odieux tout puissant ! »

  1. Monsieur Cuénod,
    Vous ne citez de l’article de Monsieur Onfray que les passages qui servent vos convictions. C’est incorrect et improductif (peu productif ?).
    La question du monde à l’envers posée par Monsieur Onfray mérite mieux que vos critiques sélectionnées.
    Sur ce coup là, je n’arrive pas à vous suivre.
    Cordialement

  2. Cher Jean-Noël,
    C’est une chance énorme de voir une belle jeunesse qui veut vivre pour la Vie, qui s’engage pour un futur où les papillons retrouveront leur place, où l’altruisme s’épanouira. Greta Thunberg est un devenue un magnifique symbole. Merci de la défendre contre l’obscurantisme. Quant à nous, cap sur la lumière !
    Amicalement.

  3. Cher Jean-Noël
    Je commence à me demander si le véritable fond de commerce de Mr Onfray ne devient pas, de plus en plus, de prendre le contre-pied de tout, en tout cas de beaucoup de positions qu’il doit considérer comme des points de vue convenus, voire convenables sombrant dans le domaine des clichés que chacun peut se ré-approprier bêtement à partir du moment ou le plus grand nombre y a accés. Je n’ai jamais aimé les clichés bien entendu et il faut faire la différence avec ce qui relève de l’authentique prise de conscience. Mais ça donne une image de soi valorisante, de toujours pouvoir prouver qu’on ne s’en laisse pas conter et qu’on sait reconnaître chaque fois l’odeur du piège.
    J’ai bien peur que ce soit ce jeu que pratique Mr Onfray.
    Pour moi cliché ou vérité je crois que de toutes façons on devrait n’en avoir rien à foutre. Une chose urge c’est de prendre le vrai contre-pied cette fois-ci. Celui de tous les désordres responsables des désastres qui nous guettent. Qu’est-ce que j’en ai à « cirer » que Greta Thunberg soit portée et financée en sous-main si elle parvient à faire s’éveiller un peu plus les consciences que se gardent bien de déranger pas mal de ses détracteurs.
    Je trouve le raisonnement d’Onfray pour le coup assez réactionnaire : les enfants doivent rester à leur place d’enfants et ce sont les seuls adultes qui savent.
    On a déja fait le coup aux femmes. Demain ce sont ces mêmes enfants une fois adultes qui vont s’en prendre plein la figure (et pas que la figure d’ailleurs).
    Alors venir ratiociner toujours quand on est assis sur la branche rongée par les xylophages, s’indigner ainsi que l’ont d’ailleurs fait plusieurs députés volontairement absents, pour moi c’est participer en toute satisfaction aux déchainements à venir.
    BTR qui te salue bien mon cher Jean -Noël.

  4. Cher Jean Noël, quel plaisir de lire les propos d’un Homme (tu mérites bien la majuscule) encore capable de dire la vérité ! Oui, ce ne sont pas des « felicitations jésuites », mais je dois constater que je n’arrive plus à lire les medias embourbés, à mon modeste avis, dans une sorte de conformisme de l’écriture et des concepts.
    Tu sais analyser avec lucidité et sans idées préconçues, sans dependence servile à quelque groupe que ce soit, enfin tu sais amener le lecteur avec plaisir et humour (dont les grands « philosophes » actuels sont incapables) vers la Vérité qui nous attend tous impitoyablement : le monde est à la dérive, car nous avons à sa barre « des Trump, des Boris Johnson, des Bolsonaro, des Salvini et autres excités du tweet crétin » regardés avec les yeux dans le « vide de l’incapacité » par une masse inerme et inefficace d’autres pseudo-capitaines ! Alors tu nous éveilles sur cette nouvelle perspective et pour moi la Seule, l’Unique : le monde pourra avoir une chance de s’en sortir seulement si nous écoutons les jeunes et les très jeunes et non pas les jeunes diplômés de l’ENA ou d’autres Grande Ecole à broyer les cerveaux.
    Oui, cher Jean Noël, je te rejoins, Greta Thunberg, la « petite suédoise de 16 ans », nous parle de sagesse, avec sagesse, à nous de l’écouter et de la comprendre à condition de savoir descendre du faux-piédestal en laiton de nos acquis.
    Georges

  5. Entièrement d’accord avec ton analyse ! Un exemple type de ce que Paul Valéry dénonçait quand il écrivait : « Il n’y a rien de plus commun que de réduire l’autre à l’extrême de la singularité qu’il nous présente. ».
    Nous devrions toutes et tous ( moi le premier) avoir en tête le proverbe Texan : « If you cannot say something good, let it unsaid” ( Si vous ne pouvez pas dire quelque chose de bien, ne dites rien).
    Amitiés
    Michel Carrière

  6. Merci de remettre les pendules à l’heure. Je trouve affligeant que les médias répercutent cette prose « bienséante », bien entendu sans avoir lu la moindre ligne du texte éclairant de Gretha !

  7. Comme quasiment toujours, je suis transporté par ta clairvoyance – dont j’ose dire qu’elle rejoint, éclaire, exprime celle dont je me sens aussi nourri. D’accord tout à fait avec ton analyse, ainsi qu’avec les amis qui corroborent et complètent ta réflexion (tout particulièrement Bernard Thomas Roudeix!).
    Quant à Onfray… bof ! (j’allais écrire beauf !, ce qui n’est pas tout à fait le cas, tout de même.) Ce monsieur (qui n’est pas « philosophe », n’ayant jamais créé le quart de la moitié d’un concept) est brillant, tchatcheur, culotté en diable, ne manque pas parfois de pertinence, sauf dans… l’impertinence, où il devient carrément et ridiculement pédant, limite extrême-réactionnaire, et pour le coup gonflé « d’inanités sonores »… Amitié et fidélité. marc

  8. S’il a fallu cette jeune femme pour sensibiliser à la question du climat tant mieux. Mais parce qu’elle est à la mode, je crains un effet -mode et que dans quelques semaines elle disparaîtra des écrans ainsi que la question du climat. Les attaques d’Onfray sont tellement basses que ce n’est pas la peine de se baisser pour les relever.
    Pour moi lorsque j’entends Greta c’est Garbo qui me vient à l’esprit ….. le privilège de l’âge

  9. Cher Jean Noël
    Oui, honte à Onfray.
    Il y aurait comme un continuendo entre sa bigamie passee dont il se montrait fier et ses attaques de roquet contre Greta.
    Souffrirait il de machisme ? De.haine contre les jeunes filles ?
    Perso.on ne nous écoutait pas enfants, il fallait juste contempler le désastre. .quelle chance d’avoir la force de cette sublime jeune fille au service de la planète donc de nous tous, c’est réconfortant
    Unissons nous
    soutenons « la cause du siècle  »
    Agissons
    Smile for future

    Gisèle

  10. Vos qualités journalistiques, cher J.N. Cuénod pourraient, bien souvent, servir d’exemple à nos journaleux subventionnés et si, la plupart du temps je suis d’accord avec vous, cette fois, je le suis moins. Or la tirade de Michel Onfray à l’endroit de Gréta Thunberg, n’a éventuellement de cruel que l’humour dont elle est émaillée. A l’heure de la manipulation ambiante il est évident que cette gamine n’échappe pas à la règle. Pour le bénéfice de qui? Quelles réflexion, analyse ou critique émet cet esprit dont le côté scientifique semble se résumer à celle d’un magnétophone auquel, cependant, j’accorderais un satisfecit: celui de refléter l’incompétence de nos politiques…(pléonasme que j’adoucirai par l’adjectif « scientifique ») idiots utiles de la secte des homards? N’en déplaise aux écolos-bobos … que vous connaissez bien chez Jean-Noël… à écouter François Gervais, physicien, professeur à l’Université de Tours, expert superviseur du rapport AR5 du GIEC, il semblerait que « le CO2 soit bien davantage un fertilisant qu’un polluant. Le GIEC évite soigneusement, ajoute-t-il, de rappeler que 60% de cette hausse de température est intervenue entre 1910 et 1945 alors que les émissions de CO2 étaient 6 à 10 fois inférieures à ce qu’elles sont aujourd’hui. Le dernier rapport AR5 du GIEC reconnaît des incertitudes considérables dans son tableau SPM2 ce qui laisse songeur sur la qualité du « consensus scientifique » dont on parle si souvent. Que ne sont-elles portées à la connaissance du public, demande-t-il? Si il y a urgence, c’est de retrouver l’esprit critique face aux amalgames funestes autrement plus dangereux qu’un réchauffement de O,4°… par siècle. La terre se réchauffe lentement depuis 1695. » Quel pic-vert arrivera-t-il à faire entrer une once de modestie dans le crâne de nos naïvos- bobos-écolos? Cette gamine, ceux qui la couvent, seraient-ils capables d’expliquer à tous les « moutons » qu’ils envoient dans la rue, plus heureux de rater un cours, une demi-journée de travail, de foutre le bordel, que de pleurnicher sur le climat, qu’il serait plus intelligent de commencer par éteindre leurs smartphones, portables et autres plaquettes dont la fabrication, l’utilisation etc etc… attendons la réponse! Je doute que les connaissances scientifiques de cette gamine soient à la hauteur de ce qu’elle régurgite, à moins que les qualités de l’enseignement suédois soient exceptionnellement supérieures aux nôtres françaises… ce qui, par parenthèse, est loin d’être exclu… mais il y a des limites à la complaisance. Quand fera-t-on confiance aux scientifiques non formatés média, inaudibles parce que hors de la bien-pensance de rigueur, de cette dictature verte qui rallume les centrales à charbon… en Allemagne pour commencer? Cerise sur le gâteau: pauvre Gréta, que pensera-t-elle, si on lui en laisse la possibilité, de l’impact de son voyage zéro carbone escorté aux USA plus pollueur qu’un simple aller-retour en avion? Peut-être demandera-t-elle à ses adorateurs de retourner à leurs études!
    Cher Jean-Noël Cuénod continuez, votre plume nous est utile et surtout restez poète.

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