Esotérisme-politique, un couple sous tension

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Georges Washington, franc-maçon et bâtisseur des Etats-Unis

Remarque liminaire avant d’aborder ce sujet. Les Loges interdisent d’aborder les questions politiques et religieuses. Or, sous tous les cieux maçonniques, les Ateliers ont abordé, abordent et aborderont ces deux sujets qui forment la base de la vie collective. Et il ne saurait en être autrement, dans la mesure où rien de ce qui est humain n’est étranger à la Franc-Maçonnerie. Il reste à savoir comment les évoquer. En matière politique et religieuse, ce que la Franc-Maçonnerie proscrit, c’est le débat politicien, partisan, au cours desquels on s’étripe pour l’une ou l’autre cause, pour l’un ou autre leader, ainsi que les expressions purement confessionnelles qui tournent forcément au prosélytisme et aux déchirures communautaires. Le débat partisan et le débat confessionnel divisent, alors que le propos de la Franc-Maçonnerie est de réunir ce qui est épars, selon la formule consacrée dans de nombreux rites.

Dès lors, aborder la politique – au sens de son étymologie tirée du mot grec politikè qui signifie, science des affaires de la Cité – est légitime en Loge. De même, la religion – déconnectée de ses aspects confessionnels – a toute sa place dans un travail en Atelier, notamment selon l’étymologie latine de la religion qui recèle trois significations possibles :

  • Relegere– Recueillir, avec la notion de scrupule.
  • Relinquere– Laisser, avec les notions de distance, respect, précaution.
  • Religare – Attacher, avec la notion de lien, relier.

Par commodité de langage – ou par paresse intellectuelle –  le mot « religion » est trop souvent réduit au synonyme d’  « Eglise » ou d’  « institution religieuse » alors qu’il est beaucoup plus riche en significations.

Venons-en maintenant au thème indiqué par le titre: « Esotérisme et politique, un couple sous haute tension ».

Ne pas confondre emblème et symbole

Tentons cette définition de l’ésotérisme : démarche visant à connaître ce qui est caché à la première vue de l’humain et forme les trames cachées de la vie.

L’ésotérisme est un mot dérivé du grec ésotérikos, soit « doctrine des choses intérieures », destinée à un petit nombre d’adeptes dûment préparés pour l’étudier. Son contraire est l’exotérisme, doctrine destinée à être diffusée pour tous. Cela signifie-t-il que l’ésotérisme est réservé à une élite autoproclamée telle et l’exotérisme, à la masse ? Non. Chacun peut se lancer sur le chemin de l’ésotérisme, s’il se sent appelé à l’emprunter. Nul besoin de diplôme, de certificat d’hérédité. Mais cette approche nécessite un travail à la fois personnel et collectif qui ne peut s’accomplir sans autodiscipline et assiduité. Il s’agit donc d’un état d’esprit et d’une ascèse qui, par la force des choses, n’attirent pas les foules. L’effort reste un épouvantail efficace.

L’ésotérisme se propose d’appréhender le point idéal où les contradictions qui forment l’univers tangible apparaissent complémentaires dans leur unité première.  Pour ce faire, les ésotéristes disposent d’un mode d’enseignement particulier basé sur la réflexion, la méditation et la compréhension intime des symboles qui ont traversé les siècles par le truchement d’organisations initiatiques, régulières et traditionnelles, telles que la Franc-Maçonnerie.

Ce langage symbolique permet à l’ésotérisme de déployer tous ses effets. N’étant pas entravé par la barrière des conventions édictées pour les langages oraux et écrits, il va au coeur de la connaissance par un réseau de relations analogiques. Il s’agit, selon le philosophe français Pierre Riffard, d’un langage naturel, qui établit des relations non conventionnelles entre le signifiant et le signifié. Un symbole contient en lui-même moult significations – à la manière des poupées russes. Pour découvrir cette multiplicité de sens induit par un seul élément, l’adepte doit suivre, étape par étape, son parcours vers une compréhension toujours plus fine et plus diverses.

Cette démarche symbolique et progressive utilise le raisonnement par analogie et la réflexion sur les correspondances. Un élément A correspond à un élément B qui semble, en apparence, de nature ou d’aspect différent mais dont l’ésotériste perçoit – par raisonnement et/ou intuition – les liens cachés qui les unissent. Et de correspondances en correspondances, l’ésotériste cherche à aller toujours plus avant dans sa quête de vérités (avant de prétendre aborder la Vérité, mais cela est une autre histoire). C’est Baudelaire qui a le mieux illustré ce processus dans son célèbre poème tiré des Fleurs du Mal et intitulé, justement, Correspondances:

La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
    
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
 
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Nous noterons que le poète a utilisé à sept reprises le mot « comme » qui est la clé du raisonnement analogique. Grâce à cet adverbe, la langue réunit ce qui est épars. Quant au nombre 7, il est douteux que Baudelaire, très au fait de la symbolique des nombres, l’ait choisi par hasard.

L’inconscient au boulot !

Le symbolisme maçonnique ne s’adresse pas qu’à la conscience. En Loge, l’inconscient, lui aussi, travaille. Ainsi, les rituels – qui mettent en mouvement les symboles – s’adressent-ils aussi à notre part d’ombre, ce qui ne va pas sans danger. D’où l’importance d’utiliser des rituels qui ont démontré leur caractère constructif – ce n’est pas pour rien que la Maçonnerie puise dans la construction une grande part de ses outils symboliques – et de les respecter. Le rituel n’est pas là pour faire joli ! Il s’agit d’une mise en œuvre qui mobilise de façon complexe tous les états de notre être et qui peut, au bout du processus – si tant est que celui-ci a une fin – faire émerger les contenus inconscients à la conscience, en d’autres termes, réconcilier l’individu avec lui-même en élargissant le champ de sa conscience, réunir ce qui, en lui, est épars.

Concernant les relations entre ésotérisme et politique, il faut établir une distinction essentielle avant d’aller plus loin. Par sa pluralité de significations possibles, le symbole ne saurait être confondu avec l’emblème. Celui-ci ne signifie qu’une seule chose : le drapeau rouge à croix blanche caractérise la Suisse et non pas une autre entité. Le symbole est foisonnant, l’emblème est sec.  La recherche symbolique est une quête dont les découvertes sont constamment remises en question. Le symbole pose chaque fois de nouvelles questions et n’induit aucune réponse définitive. C’est la marche qui fait son prix et non pas le but. Alors que l’emblème, lui, ne donne qu’une seule réponse et n’en induit pas d’autres ou alors en nombre très limité. Il recèle en lui les germes d’une forme autoritaire de langage.

Premier écueil entre ésotérisme et politique : leurs difficiles et périlleuses relations buttent souvent sur cette opposition symbole-emblème. Le monde politique apprécie les emblèmes. Ses partis en sont de gros consommateurs, sous formes de drapeaux, logos, couleurs, slogans. De même, l’état d’esprit des femmes et hommes politiques est plus empreint d’emblèmes que de symboles. Le pouvoir ne peut pas se payer le luxe de faire succéder les questions aux questions. Il doit donner des réponses, temporaires, certes, mais des réponses tout de même. Et faire preuve d’autorité, ce qui se conjugue fort mal avec les libres associations d’idées et d’images, privilèges du langage symbolique de l’ésotérisme. Dans les médias, la confusion entre démarche emblématique et démarche symbolique intervient systématiquement. Tel ministre a pris une décision « symbolique », tel président a accompli un geste « symbolique ». Or, cette décision ou ce geste ne relève pas du symbole mais de l’emblème. Par sa décision, le ministre a voulu signifier une seule chose et non pas un élément avec une pluralité de sens ; par son geste, le président, a voulu adresser un message univoque à telle ou telle partie de la population. Nous restons donc bien plantés dans le domaine de l’emblématique.

Certes, les méchantes langues rétorqueront que les propos des politiciens sont souvent volontairement ambigus et signifient parfois une chose et son contraire. Feu le président Mitterrand ne disait-il pas que l’on sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ? Mais on ne saurait confondre langage symbolique et double langage. Celui-ci procède de la tactique qui ne vise qu’un seul objectif : le pouvoir. A conquérir. Ou à conserver. Nous restons fort éloignés de la libre association d’idées et de la pluralité de sens propre au langage symbolique. Le double langage demeure donc dans la sphère du langage emblématique.

On le constate d’emblée, l’ésotérisme et la politique éprouvent de la difficulté à trouver un langage commun. Cela dit, pourquoi devraient-ils dialoguer ? Après tout, chacun pourrait rester dans son coin sans se soucier de l’autre. Mais voilà, tel n’a pas été le cas. Aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire, politique et ésotérisme ont formé un couple sous haute-tension. Sans doute, ces noces étaient-elles inévitables, dans la mesure où la politique a souvent été fascinée par les pouvoirs occultes qu’elle attribue à l’ésotérisme. Celui-ci de son côté a parfois cédé aux sirènes des politiciens, pensant tenir ce pouvoir d’influence qui lui a été tant reproché. L’écrivain franc-maçon Daniel Béresniak a souligné les dangers de ces dérives dans son livre Les bas-fonds de l’imaginaire (éditeur : Detrad) :

Regarder toute définition comme l’écorce d’une autre à découvrir est (aussi) le but de l’ésotérisme. Ce qui est visible cache toujours quelque chose. Mais cette quête du « caché », si elle est libératrice, peut être aussi pathogène. Qui aspire à dominer ses semblables découvre dans la face cachée des choses des vérités éternelles propres à cautionner son désir. 

Il n’y a donc pas de gentils ésotéristes, d’un côté, et de méchants politiciens, de l’autre. Il y a certains humains qui cherchent à en aliéner d’autres pour asseoir leurs profits, leurs pouvoirs, voire les deux à la fois.

Esotérisme et occultisme, ésotérisme et mystique

A la source de ce malentendu entre le politique et l’ésotérisme, apparaît la confusion entre ésotérisme et occultisme. Si certains hommes de pouvoir – surtout dans les dictatures – lorgnent vers l’ésotérisme, c’est en raison de cette confusion. Comme la plupart des gens, ils pensent que les deux termes sont absolument synonymes. Or, même si leur parenté est indéniable, ils ne sont toutefois pas superposables. Certes, l’un et l’autre signifient la même chose, à savoir la connaissance de ce qui est caché. Mais après ce tronc commun, ces deux branches divergent.

Pour Robert Amadou,  l’occultisme est l’ensemble des théories et des pratiques fondées sur la théorie des correspondances selon laquelle tout objet appartient à l’ensemble unique et possède avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non temporels et non spatiaux.  (cf.  L’Occultisme : esquisse d’un monde vivant, Editions  Chanteloup »).

Dès lors, l’occultiste s’attache à comprendre les forces dites psychiques (à défaut d’autres termes plus adéquats), ces puissances de l’ombre qui entretiennent entre elles et avec le monde visible des rapports occultes. Puis, il cherche à les utiliser en usant d’un ensemble de techniques que l’on qualifie souvent de « magiques ». Par cette utilisation de pouvoirs mystérieux – réels ou fantasmatiques – l’occultisme ne peut que séduire le monde politique, surtout dans ses versions totalitaires.

Dans l’ouvrage cité plus haut, Daniel Béresniak met en garde contre la confusion entre occultisme et ésotérisme :

Certes, les deux termes désignent ce qui est caché, mais tandis que l’occultisme est la recherche du pouvoir sur les choses, l’ésotérisme est la recherche des strates du sens d’un texte (…) L’occultiste se présente comme le manipulateur des choses afin d’exercer un pouvoir. L’ésotériste, quant à lui, veut percer le sens littéral d’un récit, d’un témoignage, d’une affirmation pour éclairer les strates plus profondes du sens.

De même, l’ésotérisme est souvent confondu avec le mysticisme. Le mystique cherche à s’ouvrir au Divin et peut d’ailleurs recevoir des marques de sa présence sans l’avoir forcément voulu, tel Paul Claudel frappé par la foi en 1886 derrière un pilier de Notre-Dame. L’ésotériste, lui, va soulever les jupes du Divin pour tenter d’aller toujours plus loin dans sa compréhension de ce qui nous dépasse.

En résumé, la mystique est une ouverture, l’ésotérisme, un travail et l’occultisme, une technique.

Si la confusion entre mysticisme et ésotérisme ne prête guère à conséquence, il n’en va pas du tout de même concernant l’amalgame entre l’ésotérisme et l’occultiste.

L’Histoire fourmille de rhizomes entre occultisme et le pouvoir politique. Utiliser l’invisible pour gérer le visible est une tentation des politiques, même de ceux qui font profession de rationalisme.

De toutes les collusions entre pouvoir et ésotérisme à sa forme d’occultisme dévoyé, celles provoquées par les dirigeants nazis se sont révélées les plus infâmes et les plus funestes. L’idéologie hitlérienne est née d’un mélange de paganisme, de christianisme germanisé et défiguré en antisémitisme, d’exaltation du panthéon des dieux germaniques, de célébration de la « race » aryenne, dont les Germains seraient les descendants les plus directs, et d’appel à la pureté raciale. Ces virus de la pensée se trouvent dans les écrits d’auteurs allemands et autrichiens du XIXe siècle, tous férus d’occultisme. Ils se sont répandus dans des cercles à prétention occultiste, tels l’Ordre des Germain et la Société de Thulé qui avait la croix gammée pour emblème. On sait l’usage que fera Hitler de ce signe, dont la puissance d’évocation se manifeste dans son universalité, puisque l’on trouve des traces du svastika en Europe, Asie, Océanie et même dans certaines tribus amérindiennes.

Cette passion nazie pour l’occultisme s’est traduite par la création, en juillet 1935 par Heinrich Himmler, de l’ Ahnenerbe (héritage des ancêtres), organisation à prétention scientifique qui dépendait de la direction des SS et dont le budget atteignait un million de Reichsmark, soit l’équivalent de 400 000 euros, une somme considérable pour l’époque. Formée de plusieurs instituts, l’Ahnenerbe a financé les recherches menées sur les Cathares par l’archéologue SS Otto Rahn, ainsi que des expéditions, notamment au Tibet. L’objet de ces recherches était vaste : symbolisme de diverses traditions, religions, histoires, anthropologies, archéologies.

En outre, Himmler, le chef de la SS, avait mis au point dans son Wewelsburg – château de forme triangulaire – des rituels à prétention initiatique destinés à la fine fleur vénéneuse de la SS.

Enfin, dès l’occupation allemande, les nazis ont mis la main sur les archives du Grand Orient de France en pillant la rue Cadet, comme le relate Sophie Coeuré dans son livre La mémoire spoliée. Les archives des Français, butin de guerre nazi, puis soviétique. Pour les autorités allemandes, il s’agissait de connaître l’un de ses adversaires les plus acharnés, mais aussi de percer ce fameux secret maçonnique. Celui-ci étant incommunicable par essence, on imagine la vanité de leurs recherches.

L’instauration du nazisme relève surtout des domaines sociaux, économiques et politiques. Toutefois, l’usage du svastika comme emblème, l’organisation méticuleuse et rituélique des grands-messes nazies, la sollicitation des pulsions irrationnelles ont tenu un rôle essentiel dans cette montée de l’ignoble.

Cela dit, le contexte que nous venons d’évoquer reste cantonné à celui d’une dictature totalitaire au sens propre, en ce qu’elle veut assujettir l’humain dans toutes ses dimensions. Mais il est nécessaire de le garder en mémoire afin de ne pas oublier à quel point l’ésotérisme peut être dévoyé.

Les relations entre politique et ésotérisme se définissent en termes bien différents dans les Etats démocratiques. Le recours à l’occultisme y est fort marginal et se réduit, la plupart du temps, aux consultations discrètes d’astrologues par des responsables politiques. Sur un plan moins anecdotique, ce contexte démocratique pose la question de l’engagement ou non de la Franc-Maçonnerie dans le libre débat politique.

L’Ordre  maçonnique, rappelons-le, propose à ses adeptes les symboles qui leur permettront de méditer sur ces questions qui taraudent l’humain dès que ses besoins vitaux sont satisfaits : qui suis-je ? Pourquoi suis-je sur cette terre ? L’initiation, peut-être, leur ouvrira l’œil intérieur qui capte la réalité suprême et véritable de chaque être, au-delà de ses formes changeantes. En ce sens, elle conduit à une ascèse que l’adepte choisit librement.

La double nature de la Franc-Maçonnerie

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Autre Franc-Maçon et homme d’Etat, Winston Churchill

Pourtant, la Franc-Maçonnerie n’est pas uniquement destinée au perfectionnement individuel. Cet Ordre fait aussi partie d’un corps social, au sein duquel il doit jouer sa partition.

Alors, sur quel registre, la Franc-Maçonnerie peut-elle intervenir à l’extérieur?

Tout d’abord, elle devrait utiliser le langage propre au débat politique, c’est-à-dire, l’emblématique, en se gardant de parsemer de symbolisme son propos forcément exotérique. Le langage symbolique de l’ésotérisme reste réservé aux Travaux maçonniques internes. Non pas par quelque aspiration ségrégationniste et élitiste, mais en raison de la nature même de l’initiation. Le travail symbolique se forge dans le secret des consciences et non dans le tumulte de la vie publique. De plus, on voit avec l’occultisme nazi, à quelle dérive a conduit l’introduction d’éléments relavant du langage symbolique dans un contexte emblématique et politique.

Si elle se garde de brader son langage symbolique dans tous les azimuts, il n’en demeure pas moins que la Franc-Maçonnerie est forcément influencée par sa dimension ésotérique lorsqu’elle prend la parole en place publique. S’il ne faut pas mélanger les plans ésotérique-symbolique et exotérique-emblématique – afin d’éviter que le langage propre à chaque plan ne sombre dans la confusion – ils ne sont pas pour autant cloisonnés chacun dans une étanchéité absolue ; ils seraient plutôt séparés par une membrane poreuse.

La libre association d’idées, le libre jeu des correspondances suscitées par le langage symbolique ont pour corolaire l’abandon du recours aux dogmes et des arguments d’autorité. De cette pratique ésotérique de la Franc-Maçonnerie est née une éthique qui, elle, peut être dévoilée à l’extérieur de son sein.

Cela se traduit par la tolérance et la liberté de conscience qui, à son tour, génère les vertus républicaines, dont la laïcité qui n’est autre que la tolérance mise en acte. Dès lors, en défendant ces principes sur la place publique, la Franc-Maçonnerie tient parfaitement sa partition.

En revanche, elle trahirait ce qui fait sa substantifique moelle, si elle se mettait au service d’un parti, d’un leader, d’un gouvernement ou d’une opposition. Un tel asservissement irait à fin contraire de l’un des ses objectifs qui est – répétons-le une fois de plus – de réunir ce qui est épars. C’est dans cet état d’esprit que la Franc-Maçonnerie peut servir de laboratoire d’idées aux diverses entités qui forment la société.

La Franc-Maçonnerie remplit donc deux missions. D’une part, elle perpétue l’initiation à l’ésotérisme par l’apprentissage du langage symbolique. D’autre part, elle garde et développe les vertus républicaines.

Comme l’expliquait un ancien Grand Orateur pour la langue française de la Grande Loge Suisse Alpina :

 Dès ses origines, la Franc-Maçonnerie a reposé sur deux piliers. D’une part, un engagement humaniste et exotérique collectif, sur le plan culturel, social ou politique. D’autre part, une mission initiatique et ésotérique, individuelle, morale et spirituelle.

On ne saurait donc réduire la Franc-Maçonnerie à l’un ou l’autre de ces deux piliers. La considérer seulement comme un laboratoire d’idées à usage social ou politique est aussi fautif que de ne voir en elle qu’un cénacle uniquement tourné vers l’élévation spirituelle de ses adeptes. Elle comporte ces deux aspects, c’est d’ailleurs ce qui fait sa force et son originalité.

En guise de conclusion, évoquons cet adage inscrit au fronton de certaines Loges :

Médite dans le Temple ;
Agit sur le Forum
Mais ne prend pas le Temple pour un Forum.

Et j’ajouterai, ni le Forum pour un Temple.

Jean-Noël Cuénod

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