Adieu à un ami fraternel et compagnon en poésie

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Gérard Devanthéry (1946-2021) ©Samuel_Devanthéry

« L’amitié, ce n’est pas d’être inséparable. C’est d’être séparé et que rien ne change », disait Coluche. Quant à la fraternelle amitié, elle ajoute à la sympathie mutuelle, cette affection que l’on porte naturellement aux siens et qui attache celles et ceux qu’aucun lien de sang ne lie. Gérard Devanthéry reste donc mon fraternel ami, envers et contre ce phénomène physique appelé « la mort ».

A la manière des Antiques, il a choisi d’affronter, les yeux dans les yeux, le trépas plutôt que de le laisser exercer ses ravages sur son corps, entouré par l’amour des siens, sa remarquable épouse Rita et Samuel, son fils exemplaire… Ultime marque de courage de celui qui n’en a jamais manqué.

Dans ce monde où les célébrités aveuglent sans laisser de traces, Gérard a marqué durablement celles et ceux qui ont éprouvé le bonheur de l’approcher. Sa vie, faite de rigueur et de compassion, doit être mise en lumière maintenant que l’ombre est passée sur sa destinée terrestre.

Les défis

Sa vie durant, Gérard n’a jamais manqué de redoutables défis, d’autant plus que c’est lui-même qui, souvent, les a créés pour mieux les relever. Jeune horloger, il a participé à la naissance de ces œuvres d’art à part entière que sont les créations de Patek Philippe. Les grandes baies vitrées de cette prestigieuse maison ont-elles suscitées en lui l’appel du grand large ? Peut-être, en tout cas, il a posé sa loupe d’horloger pour aller courir le monde en auto-stop avec son ami Guy. En Afghanistan, Gérard a voulu traverser un désert seul. Tombé sur la piste d’épuisement et de déshydratation, il est sauvé d’extrême justesse par une humanitaire américaine qui l’embarque dans sa jeep. Après avoir reçu les premiers soins, le voyageur est rapatrié à Genève alors qu’il ne pèse plus que 40 kilos.

Passionné par la vie, il veut la dévorer sous toutes ses formes au foot, à moto – ce qui lui vaudra quelques séjours en hôpital – à vélo, en marches de montagne… Mais aussi en poésie, en philosophie, en lecture, en musique, notamment le violon qu’il a pratiqué. Plus tard, il vouera une même passion pour la pêche à la mouche. Et accompagnera son fils Samuel, champion de bicross, sur moult terrains de compétition.

L’éducateur

Il a trouvé sa voie professionnelle en devenant éducateur, tout d’abord au Centre de détention et d’observation de La Clairière à Genève, réservé aux mineurs suspectés d’avoir commis des délits. Là, son autorité naturelle et sa bienveillance, son exigence et sa compassion ont permis à de nombreux ados de s’extraire des ornières de la délinquance en retrouvant les cadres de vie sociale qui leur manquaient.

Par la suite, Gérard Devanthéry est devenu directeur de deux institutions genevoises, le Chalet Savigny[1] et la Villa Rigaud[2]. C’est là qu’il a donné toute la mesure de son humanisme et de son talent à la fois d’éducateur et de formateur.

La bienfaisance

Tout au long de sa vie, Gérard a fait acte de bienfaisance au sens le plus élevé de ce terme. Non pas la charité que l’on jette du bout des doigts à plus bas que soi. Non pas la bonne conscience qui se pare de mots creux. Mais l’attention permanente à l’autre, – notamment aux jeunes en proie aux difficultés –, en ayant à l’esprit que le laxisme est la face veule de l’indifférence. Il a exigé d’eux le respect des règles, sans lesquelles il n’est pas de société possible, mais sans jamais recourir à ce caporalisme qui ne mène qu’à une adhésion de façade. Avant tout, ces règles devaient être intériorisées pour qu’elles puissent baliser les jeunes vies le plus naturellement.

C’est entendu, « les morts sont toujours des braves types » comme le disait Georges Brassens. Toutefois, pour Gérard, il ne s’agit pas de dire du bien d’un homme bien, juste par convention mais de tenter, avec maladresse, de retracer une vie droite asphaltée par l’amour et l’amitié.

Le poète

Mon fraternel ami fut aussi mon compagnon en poésie. Cet état de poète contient tous les Gérard, de l’horloger méticuleux à l’éducateur attentif, en passant par le sportif, l’amoureux de la montagne, l’époux aimant, le père toujours présent.

Sa poésie part des mille brindilles de la vie qui ne paraissent petites qu’à ceux dont l’âme est myope. Puis, elle les sublime. Et enfin, le caillou devient un rocher dont les prises sont douces au toucher du lecteur qui peut ainsi s’élever sans souffrance vers un ciel plus pur.

Plusieurs de ces textes ont été publiés dans la revue française L’Etrave, organe de Poètes sans frontières dirigé par l’écrivain Vital Heurtebize. Ci-dessous, figure un des textes les plus poignants de Gérard sur la mort.

La mort qu’il vient d’accueillir avec ce courage serein et cet humour malicieux qui résument sa vie.

Jean-Noël Cuénod

La cérémonie d’adieu à Gérard se déroulera samedi 21 août en l’église de Troinex (Genève) à 10h30. A sa femme Rita, à son fils Samuel, à ses sœurs Eliane, Elisabeth, Madeleine et Monique, notre sympathie la plus vive.

La mort

Si elle venait
Si son pas léger
Si son pas de loup
Si …

Que saurais-je encore de la vie
Si elle venait en catimini
La rose perlante de rosée
Serait-elle toujours immortelle?

Si elle venait
D’un pas si léger
Qu’elle me ferait danser
Si comme un météore
Traçant son chemin dans la nuit
Dans la douce nuit

Dans la calme nuit
A l’heure ou le silence
Et la pensée se marient
Si …

Si la mort venait comme une amie
Je la suivrais jusqu’au bout du monde
Gérard Devanthéry

[1] « Le Chalet Savigny accueille les enfants et jeunes âgés de 2 à 12 ans rencontrant des difficultés familiales et/ou comportementales, affectives, scolaires et sociales, peuvent être accueillis au Chalet Savigny, en internat et en prise en charge partielle » (Fondation officielle de la jeunesse-Genève).

[2] « La Villa Rigaud accueille en internat et en studio des filles et des garçons de 12 à 18 ans. Confrontés à des difficultés personnelles, familiales et sociales, ils sont accueillis avec respect et bienveillance, tout en étant poussés à s’autonomiser et se responsabiliser. » (Fondation officielle de la jeunesse-Genève)

3 réflexions sur « Adieu à un ami fraternel et compagnon en poésie »

  1. Merci de ce fraternel hommage pour cette belle personne que nous aurions aimé rencontrer. Certainement un Etre Humain vrai qui a su, au delà de son engagement responsable et bienveillant, offrir et transmettre à l’Autre un réel sens de l’éthique.

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