Politique d’extrême droite pour éviter l’extrême droite

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Entre Bardella et Ciotti, la différence n’est que capillaire. ©Sipa Press via L’Opinion

Pour éviter la peste, vite inoculons-nous en le  bacille à forte dose! Nous tomberons certes malades mais de notre propre main. Telle est la nouvelle ordonnance du président Macron prescrite à l’occasion de la loi sur l’immigration qui vient d’être votée par les députés RN, LR et une majorité de macronistes. Le parlement français a désormais un patron, ou plutôt une patronne: Marine Le Pen. Continuer la lecture

Macron & Co. Trop-plein à droite trop-vide à gauche

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Emmanuel Macron devant une Valérie Pécresse implorante ©LUDOVIC MARIN / POOL Crédits : EPA-EFE

Dans cette pré-campagne présidentielle, les citoyens français semblent avoir comme choix : la droite, puis la droite, encore la droite, de nouveau la droite, toujours la droite et enfin, la droite. Avec ici ou là quelques nuances. C’est désormais la nouvelle bien-pensance chic, très en vogue dans les gros médias. Mais gare au trop-plein !

Après la Seconde guerre mondiale, même la droite se voulait à gauche. Aujourd’hui, une certaine gauche entonne les refrains de la droite[1]. Emmanuel Macron l’a bien saisi. Intervenant le même soir que le débat entre les cinq rivaux qui se disputent la candidature du parti LR à la présidentielle de 2022, le président-pas-encore-candidat-mais-ça-va-venir s’est aussitôt placé sur leur terrain.

Après avoir expédié le prétexte de cette neuvième allocution depuis le surgissement du Covid19 – à savoir la troisième dose du vaccin contre ce coronavirus – il a déplié son programme de pas-encore-candidat-mais-presque.

Macron, tête de file de la droite

Un programme qui se place résolument sur le terrain de la droite « classique » incarnée par LR, avec un mot-clé asséné à tout bout de champ : le travail. Il faudra donc « travailler plus longtemps en repoussant l’âge légal » du départ à la retraite. Et « c’est en travaillant plus que nous sauverons le modèle social français.». Gare aux feignants de chômeurs : « Ceux qui ne mèneront pas une recherche active (sous-entendu d’emploi) verront leurs allocations suspendues ». Cette règle existe déjà mais pourquoi se priver d’une petite gonflette de pectoraux devant les cinq nains LR ? Qui, fort énervés par ce Macron qui piétine leur plate-bande droitière, en rajoutent dans la critique contre le président. Quitte à surjouer dans le registre de l’exécration macronophobe, tel Xavier Bertrand.

Enervés sont-ils aussi par l’ancien premier ministre de Macron Edouard Philippe – qui roule pour son ancien patron, du moins en vue de 2022 –, fondateur du parti Horizons qui déroule un programme de droite que ne pourraient pas renier les électeurs LR.

Les peaux de banane de la rancœur

Cela en fait du monde dans le registre néo-libéral! Trop. Les cinq rivaux LR ont bien pris garde de se ménager pour éviter les sanglantes primaires de jadis. Mais cela ne saurait durer. Lorsque le Congrès LR aura désigné son candidat, les peaux de bananes de la rancœur  ressortiront du réfrigérateur.

D’autant plus que l’aile xénophobe de ce parti, où plane le faucon Eric Ciotti, risque fort de trouver plus de saveurs ignifuges au tord-boyau de Zemmour qu’à la tisane-menthe de Valérie Pécresse et des autres prétendants.

Ce trop-plein de droitistes serait suicidaire s’il y avait quelqu’un ou quelqu’une en face qui se montrerait capable de développer des thématiques opposées et de construire un front uni.

Trop-vide à gauche

Pour l’instant, les écologistes semblent les seuls à développer un discours qui serait en mesure d’illustrer les vrais enjeux de notre époque, liés au dérèglement climatique avec tous ses effets économiques, sociaux et sociétaux.

Si la gauche française n’était pas la plus stupide du monde, toutes ses formations auraient fait bloc derrière Yves Jadot et les écologistes. Car c’est bien la social-écologie qui est idéologiquement à même de proposer des solutions novatrices. Le Parti socialiste et sa candidate Anne Hidalgo ne proposent rien de fondamentalement nouveau. Ce qui n’est pas étonnant puisque depuis Mitterrand, le PS n’est plus un Parti social-démocrate – avec ses relais dans le monde du travail et les syndicats – mais une écurie présidentielle. Comme les purs-sangs roses se font rares, ce « parti » n’en est plus un. Quant à la France Insoumise, elle reste bloquée par l’ego de son chef Jean-Luc Mélanchon qui empêche tout mouvement fédérateur.

Et ne parlons pas des autres formations de gauche qui sont inaudibles depuis longtemps et pour lesquelles la campagne présidentielle n’est rien d’autre que le lieu où l’on peut montrer sa binette tous les cinq ans.

Une campagne unie menée par un front social-écologiste aurait pu forger des réponses crédibles sur les sujets que la droite aborde avec des solutions du siècle dernier : outre la transition écologique, la lutte contre les violences quotidiennes, le sauvetage des hôpitaux publics, la politique d’immigration.

Mais voilà ce front uni n’existera pas. Et la droite dispose du plus vaste espace pour s’exprimer. D’où un risque d’abstention massive des électeurs de gauche, fatigués de choisir entre le « moins pire » et le « plus pire ».

Jean-Noël Cuénod

[1] L’ancien ministre socialiste et frondeur de l’aile gauche du PS, Arnaud Montebourg a émis cette proposition qui réjouirait le marigot où barbotent la horde Le Pen et Zemmour : «Bloquer les transferts d’argent privé vers les pays qui refusent de rapatrier les ressortissants visés par une mesure d’expulsion du territoire français. »