Le 13-Novembre et les Talibans : une même guerre

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Le présentateur de l’émission « Pardaz » à la TV afghane doit lire une déclaration sous le contrôle armé des Talibans (captation twitter)

Par une de ses collisions dont l’actualité a le secret, le procès des attentats du 13 novembre 2015 commence au moment où le nouveau gouvernement afghan 100% terroriste est formé. Il reste encore quelques postes à distribuer mais l’essentiel est en place. Le pire de l’islamisme trône à Kaboul. Et Paris panse ses plaies en son Palais de Justice.

Aujourd’hui, les Talibans et l’Etat Islamique se disputent l’Afghanistan à la façon des fauves. Mais que le seul rescapé des attentats du 13 novembre se réclame de l’un et non des autres ne change rien à l’affaire.

Au-delà de leurs rivalités claniques, les islamistes de tous poils et de tous pelages mènent une même guerre de fond, à savoir la défense du patriarcat. C’est bien le corps de la femme qui reste l’enjeu fondamental de leurs batailles. Un enjeu qui remonte à la nuit des temps et qui enténèbre encore nos jours, malgré les Lumières qui clignotent de plus en plus comme une lampe annonçant la panne.

Lutte des genres, lutte des classes

«L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes», écrivaient Karl Marx et Friedrich Engels en 1848 dans leur Manifeste du Parti communiste. Mais avant même que les classes sociales modernes ne se forment, la lutte des genres faisait déjà rage. Dominateurs grâce à la force musculaire et à leur organisation guerrière, les hommes ont dépossédé les femmes de leur corps qui est devenu monnaie d’échanges à forte valeur ajoutée.

Sources de vie, de revenus via la dot, d’élargissement ou de fixation des fiefs et des propriétés foncières, la femme et son corps étaient choses beaucoup trop sérieuses pour qu’elles échappassent au pouvoir masculin. Les lois romaines et le Code Napoléon, entre beaucoup d’autres, ont gravé dans le marbre de la loi cette minorité des femmes.

Avec le développement du capitalisme, la lutte des classes s’est superposée à la lutte des genres. Dans ses discours, plus que dans ses actes, le mouvement ouvrier a voulu faire coïncider émancipation du prolétariat et émancipation des femmes.

Mais les organisations syndicales sont restées sous la domination des hommes. En France, il a fallu attendre… 1992 pour qu’une femme, Nicole Notat, prenne la tête d’une grande centrale syndicale, la CFDT en l’occurrence ! Menées au nom du prolétariat, les révolutions bolchéviques et maoïstes se sont servies des femmes pour balayer les ordres anciens, tout en prenant soin de n’installer que des hommes aux leviers de commande.

Long et frustrant effort de civilisation

La civilisation se caractérise par le long, pénible, frustrant mais constant effort des femmes pour se libérer de la tutelle masculine. Une libération qui, d’ailleurs, bénéficierait aux hommes qui, eux aussi, subissent le carcan du patriarcat qui les fixe dans des rôles prédéterminés.

Ce processus s’est accompagné d’un principe longtemps tenu pour blasphématoire, à savoir la liberté de conscience. Ce qui a conduit le patriarcat à s’attaquer à celle-ci afin d’enrayer la marche des femmes vers leur émancipation, en utilisant comme arme, non pas la foi religieuse – force consubstantielle à l’être humain –, mais les institutions confessionnelles qui tentent de la canaliser au profit des groupes dominants.

L’absence de sécularisation en terre d’islam

La sécularisation des sociétés a progressivement effacé l’aura religieuse des Etats. Mais en terre d’islam, cette sécularisation ne s’est pas faite – ou alors de façon incomplète et fragile – car elle est perçue comme la marque infâme de l’Occident colonisateur. Les potentats de l’islamo-machisme ont donc surfé sur cette vague anti-colonisatrice ­– à l’évidente légitimité ­– pour asseoir leur pouvoir sur leur peuple et surtout sur les femmes. Quitte, bien sûr, à prendre les Occidentaux pour alliés.

Mais cette sécularisation défaillante a une autre source, plus profonde. Comme tout le monde le sait aujourd’hui, le Coran est considéré en islam comme la parole même de Dieu. Le prophète Mohammed n’est que son docile truchement. Certes, des écoles musulmanes se sont opposées, jadis, à cette identité entre texte coranique et verbe divin (telles les traditions mutazilites ; il existe un site à ce propos : le voici). Mais aujourd’hui, elles sont hélas très minoritaires.

Comment contester la parole de celui qui a créé l’univers ? Pas facile ! De plus, l’autre source de l’islam, les hadiths (paroles, décisions, attitudes de Mohammed véhiculées par la doctrine et la tradition), sont captés par des docteurs de l’islam qui les interprètent de la façon la plus rigoriste, conservatrice et misogyne qui soit.

Place forte du patriarcat

L’islamisme, c’est-à-dire la version politique et antidémocratique de l’islam, constitue donc aujourd’hui l’une des principales places fortes du patriarcat. Une place forte qui réagit d’autant plus violemment qu’elle se sent assiégée (Il en est d’autres, comme celles du suprémacisme blanc qui, lui aussi, choisit le terrorisme comme moyen d’expression).

Nul ne sait si les neuf mois du procès des attentats du 13-Novembre aideront les victimes à cicatriser leurs profondes blessures morales.

Nul ne sait si l’Afghanistan sortira un jour de sa nuit.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que les Talibans et leurs rivaux-alliés de l’Etat Islamique se battront jusqu’au bout pour que perdure le patriarcat. Et les combats d’arrière-garde sont toujours les plus sanglants.

Jean-Noël Cuénod

1 réflexion sur « Le 13-Novembre et les Talibans : une même guerre »

  1. Laissons les vainqueurs épurer comme on l’a fait en 1944. Ce qui est bon pour l’oie est bon pour le jars. Ils traquent et liquident leurs collabos, nous n’avons AUCUNE leçon à leur donner. Et que la gauche fasse ce qu’elle a fait quand Staline, Pol Pot ou autre ont pris le pouvoir : la fermer.

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