Ambiance – LES MOUCHES FONT UN BRUIT D’ÉTÉ

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Illustration de Lalande tirée du roman-feuilleton « La Guerre des Mouches » de Jacques Spitz paru en novembre 1937 dans le magazine « Regard » ©Wikimedia Commons

Et nous voilà le cul assis entre deux guerres! Enfin deux, c’est juste pour faire formule. Car, il y en a plein, des guerres: en Iran, Ukraine, Narcotrafie, Afrique centrale, commerciales, fiscales, climatiques. Des guerres chaudes, froides, tièdes. N’en jetez plus, la cour est pleine de drones. Drone d’ambiance d’ailleurs. Vous ne trouvez pas? En attendant le pire, un poème à lire et à ouïr.

A LIRE

Les mouches font un bruit d’été
C’est partout la guerre sauf ici

Nul mouvement dans l’œil du cyclone
Cœur gorge ventre noués serrés
Sur la toile cirée un moustique
Etend ses pattes fourbit ses armes
La main humaine rate la cible
Sur la table le verre a tremblé
Le moustique a retrouvé la voie
Qui conduit à son amnésie
La main humaine retombe flasque
Comme de la bouse de discours
Le moustique poursuit sa vie
Quel théâtre d’opération
L’attend-il dans la jungle des peaux?

Les mouches font un bruit d’été
C’est encor la guerre sauf ici

Que dire de l’influence des astres
sur l’incertain destin des vipères?
Nous avons outrepassé les règles
Mais nous avons oublié lesquelles
Notre mémoire est une outre vide
Qu’un vieux voyageur a jetée
Sur un talus chemin défaisant
L’air sec est parsemé de parasites
La radio du monde est brouillée
Mais plus personne n’est à son écoute
Toutes les oreilles sont tombées
Petit à petit comme des gouttes
Sur le crâne d’un supplicié

Les mouches font un bruit d’été
C’est toujours la guerre sauf ici

Les vipères ont avalé leur astre
Elles ont réglé son compte au destin
Et leur venin coule dans nos veines
A notre tour nous voilà rampant
Entre les réseaux et les rhizomes
Entortillés étranglés nous sommes
Car devenir serpent est un art
Nous n’en maîtrisons pas l’alphabet
Et nous avons perdu notre langue
Notre nudité même est disputée
Face au miroir brisé nous voilà

Les mouches font un bruit d’enfer
C’est enfin la guerre même ici.

Jean-Noël Cuénod

A OUÏR

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