Après les violences de rue qui ont suivi la finale PSG-Arsenal, il fallait bien s’y attendre. De sa voix nazillarde, Zemmour s’est lâché en désignant comme coupable « une jeunesse arabo-musulmane venue des banlieues qui déferle sur Paris ». Bardella et les autres ont fait chorus. Les gros médias de leur côté ont évité de se poser les bonnes questions.
« Une jeunesse arabo-musulmane »? D’où le tient-il? Zemmour était-il sur les lieux? S’est-il livré à une analyse sociologique? N’étaient-elle pas plutôt française, cette « jeunesse arabo-musulmane »?
Mais si l’on suit la non-pensée zemmourienne pour quelles raisons se serait-elle livrée à cette violence? Serait-elle porteuse d’un gène spécifique qui ferait d’elle une fauteuse de troubles? Sans doute, les fascistoïdes le pensent-ils sans trop oser le dire, pour le moment. Vite un vaccin! (A lire ici les réactions politiques).
Une violence qui vient de loin
L’ennui c’est qu’elle vient de loin cette violence: de tout le passé colonial qui a été pendant trop longtemps refoulé dans les tréfonds de la mauvaise conscience de la République; de la ségrégation sournoise qui a relégué dans les ornières des générations de Français-pas-tout-à-fait-Français; des faux-semblants de la méritocratie qui humilie ceux qui n’arrivent pas à ouvrir les serrures de la société alors qu’ils n’en possèdent pas toutes les clefs.
Mais violence aussi du communautarisme intégriste qui désigne le non-musulman comme un être indigne, enseigne le mépris des femmes, et glorifie la force virile.
Toutefois, même en ce cas, à qui la faute principale? Aux dirigeants politiques qui, à part quelque trop rares exceptions, ont fermé les yeux sur les multiples entorses à la laïcité dans la vie quotidienne. Le pouvoir politique s’est donné bonne conscience en interdisant le voile islamique à l’école tout en détournant le regard lorsque les imams intégristes développaient leurs prêches incendiaires.
Comprendre les raisons de la violence, ce n’est pas l’excuser. C’est tenter d’en saisir les ressorts profonds pour la contenir et empêcher que le néofascisme s’en serve comme tremplin. Et cette indispensable introspection collective n’épargnera personne. A chacun de se regarder dans notre miroir brisé.
Jean-Noël Cuénod
