NUIT DEBOUT OU LA NECESSITE DE TOURNER EN ROND

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Tentative d’approcher le mouvement Nuit Debout, sous un autre angle, celui de la poésie.

Il fait un temps à rêver debout pour ne pas mourir assis. A se lever, marcher, prendre son mal en impatience et abreuver l’insomnie d’un flot de paroles.

Tourner en rond, place de la République. Tourner en rond avec d’autres ombres rebelles au sommeil.

Tourner en rond jusqu’à ce que sous nos pas le sol se dérobe pour nous faire entrer dans ses souterrains. Nous y retrouverons les entrailles chaudes de l’Histoire. Nous nous y perdrons. Notre voix nous sera retournée en écho. Des mains aveugles saisiront nos bras. Nous creuserons toujours plus, en ne quémandant plus d’autre aide que celles de nos mains, en ne cherchant plus d’autre issue que nous-mêmes.

Un matin. Peut-être. Un matin, nous aurons tellement creusé que le soleil nous surprendra place de la République.

Nous ne tournerons plus en rond.

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PAROLE ECOUTE

Je suis la parole qui écoute
Les jeunes morts ont tous l’âge du monde
Ils seront là où vos cris les appellent
Rien n’est plus bruyant que leurs silences
Ne les retenez pas et laissez-les
Vivre leur vie dans l’ailleurs des aïeux

Je suis la parole qui écoute

Oubliez vos larmes au vestiaire
Séchez votre visage baigné d’armes
Les odeurs de chanvre et d’agneau grillé
Se croisent s’entrecroisent s’entremêlent
Tressent les filaments de la nuit

Je suis la parole qui écoute

Dans les cœurs il faut faire place nette
Percez les abcès que le pus coule!
C’est le grand orage dans les poitrines
Comme les braises du feu fouaillées
Des gerbes de mots s’échappent scintillent

Je suis la parole qui écoute

L’incendie prendra ou ne prendra pas
Comment savoir où le vent va souffler?
Imprévisible derviche tourneur
Qui se moque bien de vos devins
Aujourd’hui seule importe la flamme

Je suis la parole qui écoute.

Jean-Noël Cuénod

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