#NuitDebout ou comment sortir de l’impasse

Drôle d’ambiance, jeudi, à l’arrivée place d’Italie de la manif contre la Loi Travail. Impression d’avoir en face de soi, non pas une foule cohérente dans sa colère, mais un grand nombre de groupes détachés les uns des autres. Une pluralité d’entre-soi manifestant.

Des porteurs de drapeaux noirs conspuent le Service d’Ordre de la CGT. Et convergent vers la mairie du XIIIe arrondissement dirigée par le socialiste Jérôme Coumet. (photo jnc) Des anars ? Si l’on veut. Apparemment, ils n’ont ni la tenue, ni l’organisation, ni la tactique, ni l’armement des activistes du Black Bloc. Sur les CRS chargés de protéger la mairie, on jette bouteilles et canettes, sans conviction. Comme une sorte de rituel obligé, accompli sans trop y croire.

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Pourtant, la manif de jeudi est plutôt réussie. Les participants semblent plus nombreux que lors du dernier cortège, mardi. Mais ce face-à-face entre quelques manifestants et les forces de l’ordre, avec la mairie du treizième comme enjeu, illustre bien, par son caractère dérisoire, l’impasse dans laquelle risque de s’épuiser le mouvement Nuit Debout.

A quoi ça ressemble, je vous le demande, de s’attaquer à un édifice municipal, même si un maire du parti gouvernemental l’occupe ? Et à quoi ça sert, je vous le redemande, de s’attaquer à des flics qui obéissent aux ordres, sinon à les souder encore plus au Front national ?

La plupart des porte-paroles de Nuit Debout récusent toute récupération politique. Belle attitude. On fait dans le pur et dur, c’est bien. Sauf que si elle ne trouve pas une traduction dans la réalité sociale et dans la lutte politique, Nuit Debout tombera en sommeil.

Pour sortir de l’impasse, il convient de regarder ailleurs. Occupy Wall Street a provoqué l’incroyable percée de Bernie Sanders ; Los Indignados sont à la base des succès de Podemos. Ces mouvements ont accepté de mettre les mains dans le cambouis de la politique. Alors, oui, c’est salissant, c’est tout sauf glamour. Il faut même ­– ô horreur – consentir à des compromis pour avancer ses pions.

Certains préfèrent la pureté de l’inefficacité. On s’endort, l’âme immaculée, rejoindre le pays des rêves révolutionnaires. Quitte à se réveiller de temps à autres en traitant ceux qui bossent de social-traîtres. Pour après, cette noble indignation étant satisfaite, se rendormir dans des draps de soie, mais rouges.

L’utilité de Nuit Debout est de dérouler la parole afin de faire renaître de ses cendres la gauche française qui a perdu tout crédit avec l’action au pouvoir du Parti socialiste et l’impuissance totale des autres formations. Mais ce travail indispensable est parasité par des va-t-en-guérillas qui ne font que provoquer la désunion du mouvement.

Des canettes de bière sur des casques en kevlar n’ont jamais fait trembler le Système sur ses bases. Au contraire. Il est content, le Système. Pendant que des manifestants s’essoufflent à jouer aux Guevara pour terrasses de bistrots, il table sur le pourrissement du mouvement. Et à ce petit jeu, il gagnera, le Système. A coup sûr.

Jean-Noël Cuénod

 

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