Lynchage de Lyon: « tuer un homme, c’est tuer un homme »

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La Bataille d’Anghiari de Leonardo da Vinci ©Wikimedia Commons

(Version actualisée) Cette sinistre époque aura tout salopé, tout souillé, tout saccagé: les luttes les plus nécessaires, les causes les plus nobles, les combats les plus justes. En se mettant à six pour frapper à mort Quentin Deranque, les militants prétendus « antifascistes » ont reproduit à Lyon les méthodes de ceux qu’ils prétendaient combattre et dont ils sont devenus les sanglants imitateurs.

Tous les regards convergent en direction de LFI  puisque ce lynchage s’est déroulé dans le contexte de la conférence de son eurodéputée Rima Hassan. Les juges d’instruction saisis par le Parquet de Lyon ont mis en examen et écroué six suspects notamment pour homicide volontaire.

Un septième accusé a été laissé en liberté sous contrôle et mis en examen pour complicité. Il s’agit de l’assistant parlementaire du député Raphaël Arnault (La France insoumise), Jacques-Élie Favrot.

LFI moralement responsable?

Même s’il est plus que jamais nécessaire de rappeler que ces sept mise en examen restent présumés innocents, LFI, ses dirigeants, voire « la gauche de la gauche » en général ne sauraient s’exonérer de  toute responsabilité morale. Il y a eu de leur part, une certaine complaisance, voire une complaisance certaine vis-à-vis des violences commises par les Antifas et les « Blacks Blocks », ce qui ne date pas d’hier. Il y a eu chez ces dirigeants une acceptation au moins implicite de ces déviations.

La mentalité « Black-Block » a déteint sur les groupes Antifas et exerce depuis plusieurs années ses ravages dont la gauche est la première victime.

Jadis, le service d’ordre du PCF…

Elle est loin, l’époque où le service d’ordre du Parti communiste intervenait pour briser dans l’œuf les provocations à l’intérieur du cortège afin que le but de la manif ne fut pas trahi par la violence aveugle. Ce savoir-faire des militants aguerris politiquement s’est hélas perdu et nous en payons tous le prix. « Un homme ça s’empêche » faisait dire Albert Camus à son père dans Le Premier Homme. Un militant doté d’une conscience politique devrait s’empêcher encore plus.

La violence d’extrême-droite

Toutefois que dire de la responsabilité morale des partis, mouvements et groupuscules d’extrême-droite! Aujourd’hui, Quentin Deranque est devenu leur martyr. Les Antifas lyonnais ont réussi ces exploits de faire de groupes ouvertement nazis des victimes et de souder l’extrême-droite avec la droite conservatrice « classique ».

Désormais, le RN n’a plus seulement un boulevard devant lui pour prendre l’Elysée mais une vaste autoroute multivoies.

S’ils ne sont pas les uniques responsables de la brutalisation de l’espace politique, les partis et mouvements d’extrême-droite en demeurent néanmoins les principaux boutefeux par la diffusion à jets continus de leurs discours racistes, homophobes, antiféministes. Ce flot de haine que l’extrême-droite déverse sur les réseaux sociaux entraîne des conséquences en chaîne dont le lynchage de Lyon fait partie

Le souvenir de Clément Méric

Si la violence « antifasciste » a frappé à Lyon, le 5 juin 2013 à Paris, c’est un militant antifasciste, Clément Méric, qui est mort sous les coups de skinheads d’extrême-droite. Cela dit, se jeter des martyrs à la tête est non seulement indécent mais aussi d’une insoutenable stupidité.

Quelle soit notre opinion, nous devons tous nous regarder dans le miroir que nous tend ce lynchage. Cette société où le débat est submergé par l’invective, où le juste devient l’injuste et le juste l’injuste, où la haine est élevée au rang du plus noble des sentiments, c’est nous qui l’avons faite, ne serait-ce qu’en l’acceptant.

La faute des réseaux sociaux? Mais qui les anime? La faute des politiciens? Mais qui les élit? La faute des plus jeunes? Mais qui les éduque? L’époque a une sale gueule. Et c’est la nôtre.

A se rappeler cette exhortation du théologien protestant Sébastien Castellion à Jean Calvin après le brûlement de Michel Servet:

Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme.

Jean-Noël Cuénod

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