La principale leçon à tirer des récentes élections municipales est… qu’il n’y a pas de leçons à tirer. A part bien sûr l’inquiétante montée du GPA (Grand Parti Abstentionniste) avec son taux record (hors période du covid) de 43%. En tout cas, la gauche semble bien mal partie pour la présidentielle de l’an prochain. Et si elle allait connaître son moment Villepin?
A gauche, impossible de savoir vraiment si les socialistes et LFI ont ou non intérêt électoral à s’unir ou à se combattre. A première vue, c’est la castagne qui prévaut. A droite-extrême-droite, LR a tenu le coup dans nombre de communes. Mais le RN a augmenté son influence dans les petites et moyennes villes.
Le clan lepéniste accroît son pouvoir aspirant sur une droite de moins en moins propre sur elle. Eric Ciotti – qui s’est allié avec le Rassemblement National en créant son parti-satellite UDR –, a reçu sa récompense, la mairie de Nice, ce qui lui a permis d’y éjecter son ennemi intime, le Motodidacte(1) Estrosi. L’exemple de « Piccolo Duce » Ciotti incitera-t-il d’autres dirigeants LR à prendre le même chemin? Cela dit, la perspective de n’être qu’un vulgaire supplétif de la machine Le Pen n’a rien de bien affriolant.
Bref, c’est la bouteille à l’encre, à droite comme à gauche. Or l’élection majeure, celle du président de la République, c’est dans un an. Les sondages donnent gagnant Grand Dadais Bardella. A gauche aucune figure ne peut prétendre incarner un futur président, malgré les ambitions du Gueulocrate septuagénaire Jean-Louis Mélenchon (à ce propos lire l’analyse du politologue Pascal Perrineau).
La gauche en panne de récit mobilisateur
Ce défaut d’incarnation dépasse le seul déficit en personnalités convaincantes. Il se résume à ce triste constat: depuis la chute de l’empire soviétique et la lente agonie de la social-démocratie, le socialisme se trouve en panne de récit mobilisateur.
Il y a un demi-siècle, sa définition, à savoir « mise en commun des moyens de production », mettait en branle tout un imaginaire d’ouvriers libérés des contraintes patronales et prenant en main le destin de leurs usines.
Aujourd’hui, cela ne dit plus grand chose aux vieux et rien du tout aux jeunes. La conscience de classe s’est dissoute dans la mondialisation malheureuse, la fange des réseaux sociaux et la précarité des emplois.
L’image que nous avons du travail est devenue « liquide » en perdant l’aspect granitique qu’elle présentait à l’époque du capitalisme industriel.
Pourtant, la soif de justice sociale, d’organisation solidaire du travail, de préservation du vivant et la volonté de privilégier l’entraide sur la compétition ne se sont pas éteintes, au contraire. Seule la gauche a la vocation de poursuivre ces objectifs. Mais elle se montre actuellement incapable de les mettre en récit. Pour la droite, le récit mobilisateur est simple: préserver les privilèges d’une ou plusieurs catégories de la population. Il contient en lui-même sa propre force.
Pour la gauche, en revanche, le récit mobilisateur est forcément complexe puisqu’il s’agit, non pas de conserver, mais de transformer, de créer un espace nouveau de relations, d’une part entre les humains et, d’autre part, entre eux et les autres vivants.
Le temps et l’énergie
Une telle réinitialisation du logiciel de la gauche prendra forcément du temps et de l’énergie. Dès lors, pourquoi disperser ses forces dans une épuisante campagne électorale vouée à l’échec?
Car franchement, on ne voit pas par quel miracle la gauche pourrait reprendre l’Elysée en 2027 dans son actuelle configuration et ses haines internes.
Dès lors, pourquoi ne pas soutenir une candidature qui, sans être issue de la gauche, représente au moins les principes républicains, tout en développant une vision lucide de la place de la France et de l’Europe dans le vaste bazar de la géopolitique à l’ère trumpienne?
Dominique de Villepin, par exemple? Certes, il n’a pas encore annoncé officiellement sa candidature. Mais son parti La France Humaniste est en train de récolter les 500 parrainages d’élus nécessaires pour se présenter à la présidentielle.
Quoi? De Villepin?
Quoi? De Villepin? Cet ancien premier ministre de droite qui a mis le feu à la France avec son projet de contrat première embauche en 2005? Cet ex-ministre de l’intérieur, accusé dans le dossier financier de Clearstream? Cet homme d’affaire qui a eu des liens avec le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Chine?
Tout d’abord, le candidat idéal et immaculé n’existe pas. Il faut faire avec la pâte humaine, en politique comme ailleurs.
Sur Clearstream, Villepin a été définitivement acquitté en 2011. Sur ses liens d’affaires, on attend toujours les révélations qui démontreraient une implication pénale de sa part.
Un certain besoin de gaullisme
S’il a fait de nombreux appels du pied à la gauche – notamment à la Fête de l’Humanité en septembre 2024 où il fut ovationné! – Dominique de Villepin reste ce qu’il est, à savoir un grand bourgeois de droite, bien ancré dans le gaullisme.
Et du gaullisme, la France et l’Europe en ont le plus grand besoin à l’heure où – à part le premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez – les principaux dirigeants du continent se couchent devant Trump. Dominique de Villepin a au moins le souci de défendre les intérêts français et européens face à l’agressive rapacité du président étatsunien. Il sait fort bien que lécher la babouche de l’Abominable Homme des Golfs (voire maintenant du Golfe) est le pire moyen pour l’aborder et que seule la fermeté paye devant cette outre vite dégonflée.
Le précédent historique de 2003
Contrairement aux autres politiciens français, Villepin a démontré la fermeté de son caractère à une occasion historique, en s’opposant aux Etats-Unis devant l’ONU en 2003, Washington cherchant à entraîner la France et le monde dans la calamiteuse guerre en Irak.
Imagine-t-on Jordan Bardella, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure, Bruno Retailleau, Edouard Philippe, voire Raphaël Glucksmann faire le poids face à Donald Trump, Vladimir Poutine ou Xi Jinping? Au moins, Dominique de Villepin a prouvé qu’il avait le cran et l’expérience pour résister aux ogres impériaux.
La géopolitique et les guerres ouvertes ou non dominent actuellement l’espace politique. Il est donc essentiel d’en tenir compte. Que Villepin défende nos intérêts stratégiques à l’Elysée, laissant à la gauche le temps et l’énergie nécessaires pour se reconstruire.
1 Le Canard Enchaîné avait appelé ainsi Christian Estrosi en raison de ses succès dans les courses de moto et son bagage plutôt léger en matière de diplômes.
Jean-Noël Cuénod

Belle analyse….pour la fin du film, le casting est de mon sens très pauvre…qui saurait entraîner les foules avec charisme, le sens de l’éthique tout en étant visionnaire en ces temps troubles ?