Communautarisme d’une gauche peu adroite !

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Monument des chaînes brisées à Cayenne ©https://albumphotosvoyages.fr/news/les-chaines-brisees-de-cayenne

Ainsi, une partie non-négligeable de la gauche a-t-elle abandonné ce qui faisait l’un des principaux éléments-moteurs de sa pensée, l’universalisme[1], pour s’atteler à l’une des guimbardes de la droite la plus maurassienne, le communautarisme. Si l’épisode Pulvar a été monté en épingle, il n’en constitue pas moins un exemple illustratif de cette régression.

Rappel pour celles et ceux qui seraient restés sur Mars à Pâques. Le syndicat étudiant UNEF – bastion de la gauche universitaire – est la cible de moult reproches après avoir admis que, deux fois par an, il tenait des réunions « non –mixtes » afin de « permettre aux personnes touchées par le racisme de pouvoir exprimer ce qu’elles subissent ».

« Séparatisme », « racisme anti-blanc » ont aussitôt répliqué une flopée de politiciens de droite soucieux de rappeler leur existence aux électeurs qui auraient peut-être une fâcheuse tendance à les oublier en ces temps covidiens. D’autres à gauche se sont partagés entre le soutien feutré à l’UNEF et la réprobation nuancée.

Déchirure du muscle rhétorique

Adjointe à la mairie socialiste de Paris, tête de liste de la gauche (Parti socialiste, radicaux de gauche et Place-Publique) aux prochaines régionales en Ile-de-France et ancienne télécrate Audrey Pulvar est invitée à donner son point de vue sur ce bruit médiatique. Voulant sans doute, à la fois se démarquer de la position de l’UNEF tout en la soutenant quand même, elle se déchire un muscle rhétorique en balançant :

« S’il se trouve que vient à cet atelier, une femme ou un homme blanc, j’aurais tendance à dire qu’il n’est pas question de le ou la jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire. On peut lui demander d’être spectatrice ou spectateur silencieux ».

A y regarder de plus près, cette sortie d’Audrey Pulvar a de quoi encore plus choquer que celle du syndicat universitaire. Après tout, ce n’est pas la première fois que des réunions non-mixtes sont organisées. Dans les années 1970, il n’était pas rare que les mouvements féministes réservassent aux seules femmes certaines de leurs réunions, sans que cela n’élève plus que raison le taux d’UBM (Unité des bruits médiatiques). Un exemple parmi d’autres.

Condamné pour ce que l’on est

La « non-mixité » façon UNEF est certes très contestable puisqu’elle exclut des groupes humains. Mais cette décision est comme diluée par le fait qu’elle reste d’ordre général. La réunion est réservée à celle et ceux qui s’estiment victimes et non à d’autres. Mais elle ne vise pas un individu en particulier. Et au moins, la décision est-elle claire, donc plus honnête.

La version d’Audrey Pulvar paraît bénigne mais en fin de compte elle se révèle plus perverse. Son propos vise expressément « une femme ou un homme blanc » qui pourrait donc entrer dans une réunion « non-mixte » mais à la condition de se taire. C’est donc en fonction de ce qu’il est – une blanche, un blanc – qu’il est sommé de la boucler. Attitude qui fut de tout temps celle de la pire des droites et du… stalinisme : juger un humain non pas selon ce qu’il a commis mais en fonction de son être, de sa naissance. Tu es né juif, tu es coupable. Tu es né noir, tu es esclave. Tu es né bourgeois, tu es reléguable.

« Juste retour des choses » objecteront certains. « Trop souvent les blancs réservent aux noirs le triste sort de citoyens de seconde zone. Ceux que le sort a favorisé doivent donc se rendre compte, par une expérience personnelle, de ce que ça fait d’être assigné au silence. » L’objection n’est pas sans pertinence. Il faut parfois passer par un jeu de rôle pour prendre conscience des injustices.

L’incarcération communautariste

Mais dès que ce jeu de rôle devient un système, une manière permanente de fonctionner, on quitte l’universalisme prôné par la gauche pour rejoindre le communautarisme défendu par la droite qui veut que chacun reste à sa place pour, surtout, ne pas en bouger.

L’humain est incarcéré dans sa communauté. Certes, elle le protège. Nécessaire, la protection, de toute évidence. Mais lorsqu’elle en devient étouffante, elle ne protège plus ; elle tue. En outre, l’humain ne devrait pas être assigné à une seule communauté, celle de la religion familiale ou de son groupe ethnique mais pouvoir se couler dans d’autres, de son choix.

L’universalisme est la seule voie pour émanciper l’humain de toutes ses servitudes. Si elle le rejette, la gauche renie ce qui a fondé sa légitimité et nourri sa pensée. Cette gauche dériverait à droite. Sans être forcément adroite !

Jean-Noël Cuénod

[1] A lire à son propos : https://www.mezetulle.fr/plaidoyer-pour-luniversel-de-francis-wolff-lu-par-philippe-foussier/

1 réflexion sur « Communautarisme d’une gauche peu adroite ! »

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