La Maison-Blanche est désormais repeinte en bleu, couleur du Parti démocrate qui a remporté les élections de mi-mandat et domine désormais les deux chambres du Congrès. Ne boudons pas notre plaisir. Après la victoire de Lula au Brésil, la défaite d’Orban en Hongrie, ce Blunami (contraction entre blue et tsunami) démontre que la vague brune peut être endiguée. Mais attention au contre-courant.
Après ces élections, le Sénat des Etats-Unis comptera 54 démocrates (plus deux indépendants alliés) et 44 républicains. La Chambre des Représentants accueillera 228 démocrates et 139 républicains. Résultats trop nets pour que Trump puisse y trouver prétexte à les contester.
Victoires démocrates aussi chez les gouverneurs
Les électeurs étaient aussi convoqués dans trente-six Etats pour élire leurs gouverneurs. Même claque bleue sur les joues rouges du président. Pire: fief républicain s’il en est, le Texas aura désormais à sa tête une démocrate hispanique, Gina Hinojosa!
Pour compléter ce désastreux tableau: l’Ohio. Vivek Ramaswamy – le protégé républicain du vice-président J.D. Vance – a été battu par la démocrate Amy Acton qui sera donc gouverneure de cet Etat(1). Ramaswamy avait mené contre elle une campagne répugnante en faisant témoigner la propre mère d’Amy Acton contre sa fille(2). Même l’indécence a des limites.
Face à cette déroute historique, Moumoute orange a inventé la parade pour préserver son monstrueux ego: ce n’est pas lui qui a perdu les midterms mais son parti. Or, n’avait-il pas clamé lors de la campagne: « Quand vous irez voter, imaginez qu’il y a mon nom sur le bulletin de vote »? Eh oui, ça ose tout et c’est à ça qu’on le reconnait…
Et à l’international? A l’Ouest rien de nouveau
Sur le plan international, le changement de couleur au Congrès ne changera sans doute pas grand-chose. Tout d’abord, le président étatsunien dispose d’un large pouvoir en matière diplomatique. Ensuite, le désinvestissement de la Maison-Blanche vis-à-vis de l’Europe ne date pas de l’arrivée de Donald Trump aux affaires.
Certes, les présidents démocrates Obama et Biden se sont montrés moins grossiers à l’égard de l’Europe mais tout aussi soucieux de rompre les amarres avec elle. Il s’agit d’une tendance lourde des Etats-Unis. Les Européens qui se sentent orphelins de Washington devront se faire une raison, à titre définitif.
Même schéma concernant la dictature iranienne dont le malheureux pays risque de recevoir des bombes trumpiennes. La victoire des démocrates n’y changera rien.
En Amérique latine, Donald-L’Enervé va tout faire pour que sa doctrine « Donroe » ( inspirée par la doctrine Monroe prônant la prééminence étatsunienne sur tout le continent américain) se développe. Mais la victoire démocrate permettra au président brésilien Lula de mieux résister à l’imperium orange.
Netanyahou trahi à la dernière minute
Mauvaise nouvelle, en revanche, pour le premier ministre israélien Benyamin « Bibi » Netanyahou. Il mène actuellement la chasse aux députés qui lui manquent pour former un gouvernement. Son rival, Gadi Eisenkot, en fait de même.
Or, un Donald Trump affolé à l’ouverture du scrutin des midterms – et devant l’impopularité du gouvernement israélien auprès d’un nombre croissant d’Etatsuniens – n’a pas hésité à planter un couteau dans le dos de son grand ami Bibi: il a soudainement annoncé que les Etats-Unis renonçaient à payer les 4 milliards de dollars que Washington verse chaque année à Israël au titre de l’aide militaire.
Gadi Eisenkot s’est alors senti pousser des ailes comme le suggère son message diffusé sur X:
Le fait que l’appareil défensif israélien apprenne ce changement dans nos relations stratégiques par les médias, en même temps que le public israélien, montre à quel point la conduite de Benyamin Netanyahou est dangereuse. On ne peut plus lui faire confiance et il doit être remplacé.
Il reste à savoir si l’increvable Bibi parviendra, une fois encore, à se remettre de cette nouvelle trumperie.
Les mains libres pendant deux mois
C’est surtout sur le plan intérieur que ces élections vont changer la donne. Mais pas tout de suite, car le nouveau Congrès ne sera constitué qu’à partir du 3 janvier prochain. D’ici là, Moumoute a les mains libres.
Trump abordera la seconde mi-temps en arborant une casquette sur laquelle est inscrite son arme désormais favorite: VETO.
En effet, la majorité démocrate au Congrès pourra voter ses propres textes de lois 2 mais alors le président y apposera son veto pour empêcher leur application.
Certes, le Sénat et la Chambre des Représentants ont la possibilité de passer outre en recueillant les deux tiers des élus des deux chambres mais la tâche sera fort ardue, voire insurmontable.
En contrepartie, la majorité démocrate ne manquera pas de rejeter les projets de lois et de budgets rédigés par le président. Cela promet des séries d’épuisants bras-de-fer.
Impeachment?
Autre arme fatale dans les mains du Congrès, la procédure de destitution. Première étape: la mise en accusation (impeachment) votée à la majorité simple par la Chambre des Représentants. Seconde étape: le procès final qui se déroulera au Sénat.
Les démocrates disposent d’un nombre suffisant de suffrages pour voter l’impeachment. En revanche, prononcer la destitution définitive sera plus ardu. Pour ce faire, les démocrates doivent réunir les deux tiers des sénateurs présents, soit 67 élus. Le nouveau Sénat comptant 56 démocrates ( en comptant leurs deux alliés indépendants), ceux-ci devraient donc convaincre 11 de leurs collègues républicains de voter la destitution.
Pas forcément une bonne idée!
La tâche se révèle très ardue, voire impossible à réussir, sauf si Donald Trump se met à dos une partie importante des élus de son propre parti. En ce cas, tout est possible.
Toutefois, les démocrates ont-ils vraiment intérêt à se lancer dans une procédure aussi longue et aussi coûteuse en énergie? Avec un Donald Trump blessé, dos au mur, il y aura trop de coups à prendre. Surtout, les électeurs étatsuniens se soucient beaucoup moins du sort du président que du leur et de l’avenir de leurs enfants. Sans doute demandent-ils avant tout aux démocrates de recoller les morceaux de leur nation en miettes.
1 D’autres scrutins ont été organisés, notamment des votations. Ainsi, les électeurs californiens ont-ils rejeté la taxe de 5% sur les milliardaires avec une majorité de 56,41% .
2 Explication d’Ama Acton rapportée par Radio-Canada: « Entre 10 et 12 ans, j’ai été victime d’abus sexuels de la part du mari de ma mère biologique tandis qu’elle ne faisait rien pour me protéger. J’ai toujours su qu’elle était profondément malade et fragile, et il est triste de voir Vivek Ramaswamy l’exploiter à des fins politiques ».
Jean-Noël Cuénod

