Affaire Bardella: les aveux de la violence verbale

affaire-bardella-antisemitisme-le-pen

Le costume en kevlar promis par Marine Le Pen à « Médiapart » (ici un gilet pare-balles de la police belge) ©Wikimedia Commons

Les révélations de Mediapart rapportant les propos antisémites réitérés voire obsessionnels de Jordan Bardella ont provoqué des mégafeux de bouche dans le camp Le Pen. Pour que cette enquête suscite des réactions aussi véhémentes contre le média et ses journalistes, il faut croire qu’elle a touché juste. Une telle violence verbale est le plus convaincant des aveux.

Tous ces efforts pour masquer l’héritage antisémite de Jean-Marie Le Pen risquent fort d’être ainsi anéantis, il y a donc de quoi grimper aux rideaux du manoir de Montretout. Chassez le naturel fascistoïde et le voilà qui rapplique au galop!

La prochaine étape, le costard en sapin?

C’est à Médiapart qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en kevlar a lancé mardi Marine Le Pen sur les bancs de l’Assemblée nationale, allusion aux gilets pare-balles que les journalistes de ce site d’information devraient métaphoriquement revêtir. Et c’est quoi la prochaine étape? Le costard en sapin?

Tous les dirigeants du Rassemblement National sont montés aux créneaux pour y déverser leur salive brûlante sur l’Ennemi… Une forme d’hommage du vice nationaliste à la vertu journalistique.

Car depuis les affaires Sarkozy et Cahuzac, entre autres, il est patent que Médiapart ne s’embarque pas dans une publication sans biscuits. Il n’a jamais été pris en défaut quant à la fiabilité de ses sources. Dès lors, on peut raisonnablement supposer que les journalistes de Médiapart disposent de solides éléments pour étayer leur enquête.  D’où l’affolement dont fait montre Marine Le Pen, quitte à dévoiler une autre faille dans son caractère: son incapacité à surmonter ses émotions.

Si elle est déstabilisée face aux journalistes, comment fera-t-elle vis-à-vis de Xi Jinping et autres grosses pointures de la géopolitique? Déjà qu’avec son bracelet électronique à la cheville, elle court avec un sacré handicap!

L’infernal mécanisme du mensonge

On peut, sans grand risque de se tromper, prévoir la suite: Bardella et le clan Le Pen vont multiplier les dénégations. Puis d’autres informations ennuyeuses pour eux les contrediront. Et ainsi de suite…L’infernal mécanisme du mensonge sera lancé. Cahuzac, Fillon et tant d’autres en furent victimes.

C’est l’une des premières leçons qu’apprend le jeune journaliste d’investigation: il faut toujours conserver par-devers soi quelques informations, à resservir pour démentir…les démentis!

Cela dit, les propos prêtés à Jordan Bardella ne peuvent étonner que ceux qui n’ont pas suivi les congrès du FN, puis ceux du RN ou le traditionnel cortège lepéniste du 1er Mai dédié à Jeanne d’Arc. Les propos racistes et antisémites y bruissent sans trop de discrétion, sauf lorsqu’un militant plus gradé invite les bavards incapables de se retenir à plus de prudence.

La cravate se desserre

La « stratégie de la cravate » instaurée par Marine Le Pen pour rendre présentable son « Ramassis National » a pu impressionner quelques « Ravis » de la crèche médiatique. Une cravate pour étrangler les propos malsonnants mais qui tend malencontreusement à se desserrer sitôt que les cravatés supposent, parfois à tort, que les oreilles journalistiques ont disparu.

Les sourires dents-blanches peuvent éblouir un temps. Mais le vernis de respectabilité s’écaille et le RN-FN apparaît pour ce qu’il est: une formation d’extrême-droite gorgée de racisme sous toutes ses formes, prônant l’exclusion des impurs et cultivant la complicité avec les chefs autoritaires et corrompus comme Poutine et Trump.

Le bruit de fond lepéniste

Il ne saurait d’ailleurs en aller autrement car la matrice du FN devenu RN est celle du « nationalisme révolutionnaire » qui a prospéré durant la Collaboration et fait le dos rond pendant les années 1950-60 pour renaître en 1972 sous le nom de « Front National » avec Jean-Marie Le Pen comme porte-parole. Parmi ses fondateurs, deux anciens Waffen-SS – Pierre  Bousquet et Léon Gaultier – et d’autres nostalgiques de Vichy.

Chaque formation politique développe son propre folklore et son imaginaire; or ceux du RN relèvent incontestablement de l’extrême-droite historique. Le Clan Le Pen ne saurait y échapper.

Cela changera-t-il le vote des électeurs? Hélas, rien n’est moins sûr car le noyau dur des électeurs RN partage une bonne partie des préjugés racistes qui forment le bruit de fond lepéniste. De plus, la droite libérale paraît de plus en plus sensible aux chants rauques de la sirène Marine.

Les révélations sur les propos de Jordan Bardella provoqueront-ils un sursaut au sein de l’électorat? Nous aimerions tant y croire…

Jean-Noël Cuénod

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *