
La rage est revenue au galop / Crispée sur la crinière du feu.(Tableau du Douanier Rousseau « La Guerre ») ©Wikipédia.
En ces temps de mégafeux en Gironde, un peu partout en France, en Espagne et ailleurs, l’Apocalypse est recuite à toutes les sauces médiatiques. Devient une sorte de superlatif au mot « catastrophe ». Interprétation fautive qui, néanmoins, touche juste. Apocalypse signifie « dévoilement ». Et c’est bien de cela qu’il s’agit.La caste politico-médiatique en France et ailleurs, on la savait ignarde en matière d’environnement. Elle apparaît désormais pour ce qu’elle est: un corps sans tête soumis aux puissances techno-financières par le truchement des groupes de pression (terme plus exact que le mol mot franglais de lobby).
Cela dit, par son inaction, sa courte vue et sa veulerie, les peuples qui les ont élus ne valent pas mieux.
Un rapport dit tout… en 2013!
La probabilité que ces mégafeux éclatent un jour ou l’autre était annoncée de longue date. Prenez le temps de lire ce rapport d’AcclimaTerra (Comité scientifique régional sur le changement climatique), rédigé sous la direction du climatologue Hervé Le Treut. Son titre: Les impacts du changement climatique en Aquitaine – un état des lieux scientifique (Editions Presse Universitaire de Bordeaux). Il a été publié en… 2013 et décrit tous les dangers que courent l’environnement de cette région. Une grande part de ses études est consacrée aux forêts des Landes, du Médoc et de la Nouvelle-Aquitaine
En voici quelques extraits:
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Avec la problématique du changement climatique, les politiques publiques semblent aussi à la croisée des chemins. Le système de DFCI (Défense des forêts contre les incendies) aquitain, s’il a toujours démontré son efficacité, pourrait se trouver en difficulté pour maintenir un niveau de protection performant face à des sécheresses récurrentes annoncées pour les prochaines décennies (…)
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(…) L’injonction à augmenter la part des énergies renouvelables, via notamment la consommation de biomasse ligneuse, supposerait la mise en place de modèles de production sylvicole intensifs susceptibles à leur tour de renforcer les effets de la sécheresse (…)
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La durée de vie des arbres (…) couvre une échelle de temps qui est caractéristique des évolutions climatiques. Les durées de vie plus longues que celle des cultures annuelles exposent également les forêts à des risques plus nombreux, (feu, sécheresse, tempête, invasions biologiques…), dont certains peuvent être amplifiés par le changement climatique.
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Ces considérations temporelles militent en faveur du développement d’une gestion adaptative volontariste prenant en compte de manière plus aiguë l’incertitude générée par ces délais (…) Nombre de mesures prises aujourd’hui pourraient n’avoir aucun effet à court terme, mais risquent de s’avérer judicieuses d’ici quelques décennies.
Ces mesures judicieuses à long terme, n’ont pas été prises ou alors ont été trop faiblement menées et trop tardivement appliquées. La « gestion adaptative volontariste » a été victime de la « mauvaise volonté générale ». Treize ans plus tard, la forêt d’Aquitaine et tous les vivants qui la peuplent en paient le prix fort.
Les flammes n’ont donc pas épargné les voiles dont s’affublait la société. Nous voilà mis à nu face à nos contradictions, nos faux-semblants et nos vraies angoisses, nos petites lâchetés et nos grandes trahisons. Et sous ce feu, la rage couve.
Poème à lire et à ouïr.
A LIRE
LA RAGE
Le pain est une souffrance qui dure
Au fil des vitrines où trône le vide
Nous avons connu jadis ce Royaume
Quand midi sonnait la faim répondait
Plus longue la file plus court le pain
Au ventre la rage tenait au corps
Ah nous y tenions à cette rage!
Mais le temps des repus est venu
Orphelin de la rage nous fûmes
Désormais sans yeux sans oreilles
Cœurs fermés à tous nos vieux chants
Le vent les a emportés ailleurs
Vers des nuits traversées d’éclairs
Embrasant le peuple des forêts
De son haleine de cheval fou
Alors extirpée du fond des âges
La rage est revenue au galop
Crispée sur la crinière du feu.
Jean-Noël Cuénod
A OUÏR