Le monde est garni de serrures. Entre verrous de geôle et ceintures de chasteté, il y en pour tous les dégoûts. Parmi les quelques clefs oubliées dans d’improbables tiroirs, il en est une qui les ouvre toutes: celle offerte par le surréalisme. Les Serrures du Possible, c’est le nom de la nouvelle revue numérique internationale d’inspiration surréaliste. Le Plouc vous en annonce la naissance.
D’emblée, une précision d’ordre déontologique. Le Plouc fait partie des quatre rédacteurs irresponsables de la revue: l’écrivaine Nelly Sanchez, la chorégraphe Christine Zwingmann, l’artiste-peintre-graphiste ARTNO et l’auteur de ces lignes.
Cela dit, il y a bien d’autres contributeurs à ce numéro 1. En effet, comme s’ils attendaient cette naissance, de nombreux poètes et artistes ont répondu avec enthousiasme à l’appel de Nelly Sanchez. De vrais Rois Mages portant à ce nouveau-né l’or, l’encens et la myrrhe de leur inspiration. Vous pourrez découvrir leurs textes et illustrations via ce lien. Ils viennent d’un peu partout: Algérie, Canada, Pays de Galles, Angleterre, Chili, Suisse, Turquie, Brésil, France…
Le surréalisme, un état d’esprit et un état d’être
La mort du surréalisme est annoncée par les médiacrates avec cette régularité imbécile propre aux métronomes. Et chaque fois, le voilà qui revient au soleil pour faire un bras d’horreur à tous ces poussifs ponceurs de poncifs!
Aujourd’hui, le symbolisme, le cubisme, l’impressionnisme etc. restent sagement coincés dans leur époque et figurent dans l’Histoire de l’Art comme des témoins brillants certes mais défunts. Pourquoi le surréalisme bouge-t-il encore avec autant de vigueur? Contrairement aux autres formes d’expression, il n’est pas – et n’a jamais été – une école.
Le surréalisme, bien plus qu’une doctrine, est un état d’esprit et un état d’être. Pendant des décennies, il a été actualisé par un mouvement dont le principal animateur fut André Breton que l’on s’abstiendra de traiter de « pape » comme s’il était un vulgaire porteur de trirègne.
Si le surréalisme a survécu à ses fondateurs, c’est qu’il incarne l’aspiration – vieille comme la vie et aussi jeune qu’elle – à la libération de toutes les entraves qui empêchent l’humain de l’être pleinement. Il brise les modes et le prêt-à-penser, dégonfle les baudruches médiatiques, remet la liberté au goût du jour. Il fait éclater les cadres de la logique, ce faux-nez des préjugés; il vide la raison de ses prétentions à dire un monde dont elle ignore tout ou presque.
Cette revue avertit d’emblée: elle se veut d’inspiration surréaliste. Elle n’a pas l’ambition, ni surtout l’envie d’être l’organe d’un mouvement. Elle veut témoigner d’un souffle qui n’a pas fini de faire voler les perruques dans un grand éclat de rire.

