Mort de Quentin Deranque: le fascisme antifasciste

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La société en panne morale dans ses ornières ©JNC_Beaurecueil-Forge de la Poésie

Cette sinistre époque aura tout salopé, tout souillé, tout saccagé: les luttes les plus nécessaires, les causes les plus nobles, les combats les plus justes. Samedi à Lyon, en se mettant à six pour frapper à mort Quentin Deranque, les militants prétendus « antifascistes » ont reproduit les méthodes de ceux qu’ils prétendaient combattre et dont ils sont devenus les sanglants imitateurs.

Le procureur de la République de Lyon a sobrement et précisément décrit les faits lundi lors d’une conférence de presse. Bien entendu, leur interprétation fait le lit des polémiques les plus diverses et les plus hypocrites.

LFI responsable?

Tous les regards convergent en direction de LFI  puisque ce lynchage s’est déroulé dans le contexte de la conférence de son eurodéputée Rima Hassan. Pour le moment aucun élément probant n’incrimine des militants de La France Insoumise. Le principal reproche relève de sa proximité avec le groupuscule Jeune Garde qui fait partie de la mouvance Antifa. L’enquête dira si, oui ou non, cette Jeune Garde a un lien avec le lynchage.

Cela dit, LFI, ses dirigeants, voire « la gauche de la gauche » en général ne sauraient s’exonérer de  toute responsabilité morale. Il y a eu de leur part, une certaine complaisance, voire une complaisance certaine vis-à-vis des violences commises par les Antifas et les « Blacks Blocks », ce qui ne date pas d’hier. Il y a eu chez ces dirigeants une acceptation au moins implicite de ces déviations.

Jadis, le service d’ordre du PCF…

Elle est loin, l’époque où le service d’ordre du Parti communiste intervenait pour briser dans l’œuf les provocations à l’intérieur du cortège afin que le but de la manif ne fut pas trahi par la violence aveugle. Ce savoir-faire des militants bien aguerris politiquement s’est hélas perdu et nous en payons tous le prix.

Toutefois que dire de la responsabilité morale des partis, mouvements et groupuscules d’extrême-droite! Aujourd’hui, Quentin Deranque est devenu leur martyr. S’ils ne sont pas les uniques responsables de la brutalisation de l’espace politique, ils en demeurent néanmoins les principaux boutefeux par la diffusion à jets continus de leurs discours racistes, homophobes, antiféministes.

Le souvenir de Clément Méric

Si la violence « antifasciste » a frappé samedi à Lyon, le 5 juin 2013 à Paris, c’est un militant antifasciste, Clément Méric, qui est mort sous les coups de skinheads d’extrême-droite. Cela dit, se jeter des martyrs à la tête est non seulement indécent mais aussi d’une insoutenable stupidité.

Quelle soit notre opinion, nous devons tous nous regarder dans le miroir que nous tend ce lynchage. Cette société où le débat est submergé par l’invective, où les faits sont systématiquement travestis, où la haine est devenue le plus noble des sentiments, c’est nous qui l’avons faite.

La faute des réseaux sociaux? Mais qui les anime? La faute des politiciens? Mais qui les élit? La faute des plus jeunes? Mais qui les éduque?

L’époque a une sale gueule. Et c’est la nôtre.

Jean-Noël Cuénod

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