Non, cher Georges Brassens, tous les morts ne sont pas des braves types(1). L’exécution du tyran Ali Khamenei lors des frappes israélo-étatsuniennes a été saluée par des cris de joie dans les rues de Téhéran. Et celle de ses sbires tout aussi sanguinaires soulagent un peuple opprimé. Mais, à part leurs proches, qui pleure les petites Iraniennes de l’école primaire Shajareh Tayyebeh?
Certes, il faut systématiquement se méfier de toutes les déclarations émanant d’un régime dictatorial. Cela dit, les vidéos captées par l’agence iranienne INRA, juste après la frappe contre cette école, ont été identifiées par des journalistes professionnels de CNN, Reuters et du New-York Times, à la suite d’un examen scrupuleux.
De plus, un autre organisme indépendant et digne de confiance Factnameh – qui a pour mission de vérifier les faits – a publié des témoignages de parents dont les fillettes ont été les victimes de cette frappe, opérée en plein jour, alors que l’école était pleine d’enfants.
Difficile d’établir un bilan en pareilles circonstances, selon les autorités locales il serait de 148 personnes tuées, principalement les écolières, et 95 autres, blessées.
Cette école primaire de fillettes se trouve dans le sud de l’Iran, à Minab, près d’une base navale des Gardiens de la révolution islamique, ces WaffenSS de la mollarchie, qui avait été elle aussi frappée par l’assaut aérien israélo-étatsunien. Laisser un établissement scolaire à côté d’une base militaire, en dit long sur l’état moral de la dictature iranienne…
La sinistre comptabilité des « dégâts collatéraux »
Voici donc ces écolières embarquées dans la sinistre comptabilité des « dégâts collatéraux », ces « œufs » qu’il faut bien casser pour réussir « l’omelette guerrière ». Des victimes aussitôt laissées dans l’ombre de l’aveuglante clarté des victoires militaires.
Quel sera l’Iran après l’indéniable succès des frappes israélo-étatsuniennes contre l’un des pires régimes de la planète? Je serai bien incapable d’en dire quoique ce soit, laissant aux experts de l’expertise et autres analystes de l’analyse, le soin de se tromper avec leur assurance coutumière.
Je préfère garder dans un coin de mon cœur le souvenir de ces fillettes dont les proches seront les seuls à garder la douloureuse mémoire.
1 Ecouter sa chanson « Le Temps Passé »
Jean-Noël Cuénod

Comme toujours des articles profonds et pleins d’humour! Ma compagne ( depuis sept ans) Sabine qui était professeure de sociologie à l’université trouve, elle aussi, tes articles » très lucides » . Je lui ai dit que tu es un ami et je te la présenterai à Paris , au prochain voyage, on déjeune ensemble. À bientôt. Isaac
Bonjour Jean-Noël,
Le régime des mollahs était – et est encore ? – un régime honni même s’il fut un temps soutenu par une majorité du peuple iranien lorsque le régime du Shah et de sa Savak était tout aussi honni. Dans ces histoires c’est toujours le peuple qui se fait abuser et qui trinque !
Cela dit, au risque de me faire passer pour un vilain antisémite aux yeux de tous les « bien-pensants » – médias dominants et dirigeants politiques actuellement aux manettes, je ne suis pas du tout sûr que le régime iranien soit l’un des pires de la planète ! Tout de même, quel paradoxe ! Ce sont les avions, les bombes et les missiles de l’État hébreu et de son indéfectible protecteur étasunien qui prétendent renverser une dictature religieuse comme si les droits humains avaient de tout temps constitué l’ombre d’un souci pour les dirigeants de ces deux États. Loin s’en faut puisque d’un côté, on ne compte plus les peuples d’Amérique latine qui ont été terrorisés par des dictatures installées avec l’aide de la CIA ; de l’autre, c’est un acharnement inouï qui se poursuit depuis plus d’un siècle contre le peuple palestinien, processus commencé avec l’arrivée dans les années 1920 des premiers colons juifs sous haute protection d’un contingent du gouvernement britannique, lequel avait été mandaté par la SDN pour administrer la Palestine. Depuis lors, et plus encore bien sûr depuis la création formelle de l’État hébreu, aucun répit n’a été accordé au peuple palestinien qui vit un enfer dont l’échelle de violence contre des populations civiles dépasse largement celle des mollahs iraniens puisque nous, citoyens ordinaires du monde, sommes les témoins impuissants d’un génocide.
A l’extrême gravité des évènements que je viens d’évoquer vient s’ajouter la mise à mort d’un ordre international qui tentait encore de survivre avant que ne surgisse une nouvelle fois le trumpérialisme sur la scène mondiale. De quel « droit » deux sinistres individus, Trump et Netanyahu, peuvent-ils de la sorte, sans l’accord ni de l’ONU ni de personne avoir décidé que le régime iranien devait être renversé et que pour atteindre cet objectif, on ne lésinerait pas sur les moyens, quitte à prendre le risque de tuer des civils en grand nombre pour décapiter l’exécutif iranien ? Trouvera-t-on dans un tel naufrage de la diplomatie et du droit international un État prêt à mettre tous les moyens pour décapiter l’exécutif actuel de l’État d’Israël et mettre fin au calvaire des Palestiniens ? A l’évidence, on ne trouvera personne !
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