Donald Trump se rêve-t-il en Napoléon IV?

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Image traité à l’aide de l’IA

Fabuleux le cadeau offert par Donald Trump à Vladimir Poutine en acceptant d’importer du diesel russe au mépris des sanctions qu’il avait lui-même fixées! Un épisode de plus dans la romance amoureuse qu’il roucoule en faveur des pires dictateurs de la terre. Il aimerait tant disposer de leurs pouvoirs… Moumoute orange caresserait-elle le rêve de devenir Napoléon IV?

Il y a trois semaines, Dingo Donald menaçait l’Inde d’une hausse hyperbolique des droits de douane pour tenter d’empêcher cet Etat d’acheter du pétrole à Poutine. Aujourd’hui, c’est lui qui va biberonner du diesel à la Sainte Mère Russie: 300 000 tonnes immédiatement, 500 000 tonnes supplémentaires en novembre et  un million de tonnes par la suite. Il offre ainsi à Poutine un bon bol d’air financier dans sa guerre contre l’Ukraine.

La première raison de ce radical changement d’orientation: l’explosion des prix du diesel pénalise une grande partie de son électorat, notamment les agriculteurs dont les tracteurs et autres engins se montrent particulièrement énergivoraces. Or, cette hausse du diesel et celle de l’inflation en général rendent Trump très impopulaire. Ce qui fait courir à son Parti républicain le risque d’une veste mémorable aux élections au Congrès le 3 novembre prochain.

Une trahison pour « peanuts »

Trump clame à tous vents que grâce à ce « deal » le prix à la pompe va enfin baisser. Et il réclame au président ukrainien Zelensky – qu’il vient de trahir (il en a l’habitude, c’est vrai…) – d’arrêter d’envoyer des drones contre les raffineries russes. Voilà les Ukrainiens interdits de se défendre. Peuvent bien crever, les Ukrainiens! L’important c’est de gaver de fioul le réservoir des « rednecks ».

Cela dit, l’affolement de Trump vis-à-vis de son impopularité galopante explique-t-il cet accord de la honte? En partie sans doute mais pas seulement.

Tout d’abord, ses retombées seront marginales voire nulles comme l’indique l’analyste financier new-yorkais S&P Global:

L’autorisation accordée par les États-Unis d’importer du diesel russe ne devrait pas avoir d’effet significatif sur les prix du diesel à court terme. En effet, la Russie ne dispose que de faibles capacités pour accroître ses exportations et la licence américaine pourrait également se heurter à des obstacles juridiques, estiment les analystes du secteur énergétique.

L’analyste financier cite notamment Masha Kotkin, chercheuse au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS): « Si vous m’interrogez sur les prix du diesel aux États-Unis, je ne pense pas que cela changera quoi que ce soit. Ces volumes sont très faibles à l’échelle du marché. »

Sa vieille complicité avec le Kremin

Mais on connaît maintenant le processus: Trump étouffe la minçolette vérité de son volumineux postérieur. La partie la moins décérébrée de son entourage a certainement dû lui dire que cet apport de diesel russe n’aura guère d’incidences. Balivernes! L’important est de remplir le vide par du bruit et de s’agiter pour le brasser. Une minute de silence médiatique, c’est in-su-ppor-table!

Cela dit, il existe sans doute des raisons plus profondes à cette nouvelle trumperie. Tout d’abord, les liens d’intérêts très anciens du président étatsunien avec la Russie d’où cette complicité avec Moscou qu’il ne cherche même pas à cacher.L’agenda liberticide de Trump et de la caste technofasciste

La raison la plus déterminante – et la plus inquiétante – réside peut-être dans l’agenda de Moumoute Orange.

Disons plutôt celui de la caste prédatrice des technofascistes qui cherche systématiquement à détricoter l’Etat social, l’Etat de droit et les institutions  démocratiques, coupables d’instaurer des règles, intolérables freins à leur goinfrerie hybristique. Pendant que le monde est sidéré par la monstruosité de Trump, les technofachos avancent leurs pions. Lorsque le monstre ne leur servira plus à rien, ils s’en débarrasseront, quitte à utiliser contre lui ses pitreries qui, naguère encore, leur avaient servi de paravent.

Mais revenons à nos cybermoutons et à cet agenda que semble suivre Trump.

En sacrifiant délibérément l’Ukraine et en tentant d’enlever toute légitimité à son président Zelensky, le potentat de la Maison Blanche ne fait pas seulement une fleur à Moscou, il met l’Europe – dernier soutien à l’Ukraine – en grande difficulté.

Or, cette Europe est l’une des dernières parties du monde où l’Etat de droit et les institutions  démocratiques sont – imparfaitement certes – respectés. On l’a vu, les régulations de l’Union Européenne insupportent la caste technofasciste qui a déjà obtenu la peau du Commissaire européen Thierry Breton; il avait eu le culot de proposer un maillage de règles pour tenter de brider la prédation numérique.

Poutine se sentira pousser des ailes de vampires

Si l’Ukraine perd sa guerre contre la Russie, cela donnera à Poutine des ailes de vampire et l’Europe risque fort de tomber à son tour. Le maître du Kremlin ne cache nullement son ambition de reconstituer l’empire soviétique en avalant les républiques baltes qui furent jadis des nations sujettes de l’URSS. Poutine n’a certes pas la possibilité d’envahir militairement tout le Continent. Son but serait plutôt d’instaurer un rapport de force à l’avantage exclusif de Moscou en Europe en « finlandisant »(1) cette dernière.

Une Europe affaiblie et dominée par Moscou ne gênerait nullement Trump et ses commanditaires. Au contraire, le plus grand porte-drapeau de la démocratie serait ainsi réduit à la portion congrue (voire à la portion qu’on gruge!).

Sa volonté de mettre à bas la démocratie aux Etats-Unis se vérifie chaque jour un peu plus: « Son programme est parfaitement lisible, à l’intérieur, mener à terme la contre-révolution culturelle en cours et faire basculer le pays vers un régime autoritaire; à l’international, achever de démolir le système multilatéral post-1945. Ce projet-là ne peut pas se permettre d’être court-circuité par une majorité démocrate », avertit le franco-étatsunien Romuald Sciora – directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) – dans une tribune à Libération.

Or, les élections du 3 novembre au Congrès ne s’annoncent pas radieuses pour son Parti républicain, c’est le moins que l’on puisse écrire à lecture des récents sondages.

De Badinguet à Badintrump

Si les électeurs élisent des majorités démocrates à la Chambre des Représentants voire au Sénat, l’action de Trump sera lourdement entravée, ne serait-ce que par les procédures d’impeachment. Et cela Trump et la caste technofasciste qui le soutient ne sauraient le supporter. Après tout, à la fin de son premier mandat, n’a-t-il pas tenté d’empêcher Biden d’être intronisé en lançant sa meute à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021?

Romuald Sciora décrit trois scénarios possibles pour faire taire le verdict des urnes: proclamation de l’état d’urgence fin octobre pour repousser les élections; après sa défaite Trump refuse toute coopération avec le nouveau Congrès et gouverne par ordonnances, c’est illégal mais Moumoute s’en tamponne comme de son premier postiche; le troisième est le plus crédible, le président conteste les résultats, les déclare illégaux et gouverne seul.

Dans tous les cas de figure, une crise de régime sans fin s’instaure. Face au désordre qu’il aura créé, le président prend la totalité du pouvoir « pour rétablir l’ordre ». C’est-à-dire « son » ordre. La Cour Suprême et les Etats-Majors de l’armée voudront-ils s’interposer?

La Cour Suprême compte six juges conservateurs sur neuf et le ministre de la Guerre Pete Hegseth a remplacé l’ancienne hiérarchie du Pentagone par des bénis-oui-oui trumpocompatibles.

Donald Trump pourrait donc fomenter son « coup d’Etat du 2 décembre 1851 ». Président de la IIème République, Louis-Napoléon Bonaparte, voit la fin de son mandat expirer en 1852. La Constitution lui interdit de briguer un nouveau mandat. Qu’à cela ne tienne, Badinguet (son sobriquet) lance un coup d’Etat qu’il avalise par le large plébiscite d’un peuple soucieux avant tout d’ordre. Faisant suite à tonton Napoléon 1er – auteur déjà d’un coup d’Etat, celui du 18 brumaire an VIII – il devient Napoléon III.

Napoléon IV… Voilà qui donnerait à Trump un lustre plus éclatant que ceux de sa salle de bal.

1 Durant la guerre froide, la Finlande a été contrainte d’accepter une neutralité bienveillante envers son grand voisin soviétique.

Jean-Noël Cuénod

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