Extrême-droite en uniforme: les mauvaises farces de l’ordre

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L’affiche du RN durant la campagne pour les élections européennes.

Les policiers et gendarmes seront-ils «présumés avoir agi dans le respect de la loi» lorsqu’ils tireront sur quelqu’un dans l’exercice de leur fonction ? Ce texte a été voté le 7 juillet par l’Assemblée Nationale. Le Sénat doit bientôt se prononcer. Alors que les idées d’extrême-droite se sont largement infiltrées dans les personnels en uniforme, ce «permis de tuer» donne des sueurs froides.

Le vote de cette loi a été obtenu par un vote commun des élus de la droite et de l’extreme-droite. Une pétition portant 730 000 signatures a été déposée à l’Assemblée Nationale; sa Commission des Lois s’est empressée de la poubelliser, ce qui donne une bonne image de l’état de la démocratie en France. En réponse, des manifs ont été organisées dans de nombreuses villes.

Ce n’est même pas un député Rassemblement National qui a rédigé cette proposition de loi, mais un parlementaire du parti Les Républicains Eric Puget. Voilà qui démontre une fois de plus à quel point l’idéologie de l’extrême-droite pénètre la droite dite « libérale » qui perd chaque jour un peu plus de sa conscience démocratique. Elle se prépare ainsi au rôle peu reluisant d’agent supplétif du clan Le Pen. Une sorte de ciottisme en un peu moins petit.

LR et les autres groupes du même tonneau ont donc fait droit à une vieille revendication de l’extrême-droite.

A la victime de prouver qu’elle est victime!

Cette loi veut instaurer une inversion – totalement contraire à l’Etat de droit – du fardeau de la preuve. Il appartiendrait désormais à la victime (ou si elle a été tuée, à ses ayants-droit) de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Dans la plupart des cas, cette preuve risque fort d’être impossible à apporter, ce qui ne fera qu’attiser le sentiment d’injustice et la haine – déjà bien ardente – entre les forces de l’ordre et une partie de la population, notamment les jeunes.

Cette loi calamiteuse et mortifère, si elle est adoptée par le Sénat, élèvera les policiers et les gendarmes au rang d’intouchables nantis du droit extravagant de vie et de mort sur les autres citoyens. A ce compte-là, le monopole de la violence légitime deviendra…illégitime!

Pénétration des idées d’extrême-droite

Elle se révèle d’autant plus périlleuse que les idées d’extrême-droite se sont profondément infiltrées  au sein des personnels liés à la sécurité.

Une étude  d’opinion du CEVIPOF (Sciences Po) sur le vote des fonctionnaires lors du premier tour des élections législatives le 30 juin 2024, avaient noté une augmentation des suffrages en faveur de l’extrême-droite dans la fonction publique. Cette tendance était nettement plus marquée chez les policiers et les militaires interrogés: 60% d’entre eux avaient déclaré voter en faveur des listes d’extrême-droite, soit 52% pour le Rassemblement National (RN), 7% pour les ciottistes et 1% pour Reconquête (Zemmour). Au second tour, ce taux a grimpé à 67% en faveur du RN A titre de comparaison la liste unie de la gauche (Nouveau Front populaire), ne fut choisie que par 7% des policiers et militaires. Dès lors, la fameuse affiche du RN «Je suis gendarme, je vote Jordan Bardella» (tête de liste de ce parti aux élections européennes de 2024) se référait à une situation bien réelle.

Quatre militaires sur dix

En 2021, Le Monde estimait que quatre militaires sur dix votaient en faveur de l’extrême-droite. On peut se consoler, en se disant que six soldats et officiers choisissaient d’autres listes, il n’en demeure pas moins que les militaires sont deux fois plus nombreux à voter « extrême-droite » que le reste de la population.

Ce tropisme est apparu tout particulièrement à l’occasion de la lettre ouverte au président de la République publiée par une vingtaine de généraux. Parue dans le magazine d’extrême-droite Valeurs Actuelles en avril 2021, elle dénonçait « le délitement qui frappe notre patrie », délitement provoquée par un « certain antiracisme » ainsi que par « l’islamisme » et les « hordes de banlieue ». Avec ce jet de menace: une dégradation de la situation pourrait provoquer « l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles ». En d’autres termes, l’armée interviendra au cas où…

Certes, d’autres gradés ont rappelé le caractère républicain de la Défense. Mais il s’est trouvé tout de même 13 728 militaires pour contresigner l’ « Appel des généraux ». Appel qui avait reçu le soutien appuyé de Marine Le Pen.

Carcassonne…Un cas isolé?

 

Certes, un coup d’Etat militaire semble pour l’instant des plus improbables. De plus, l’ensemble des gendarmes et policiers n’est pas inféodé à l’extrême-droite. Il n’empêche, la pénétration des idéologies fascistoïdes au sein des professions de sécurité nécessiterait de la part de l’Etat une action déterminée à long terme pour les éradiquer ou au moins les contenir fermement. C’est très loin d’être le cas de la part d’un gouvernement à la fois faible et sensible aux sirènes électorales du clan Le Pen. L’ignoble affaire du policier municipal de Carcassonne et de sa logorrhée fasciste n’est pas forcément un cas isolé.

Dans l’actuel climat de tension, édicter une loi octroyant aux forces de l’ordre une impunité quasi-automatique relève de l’irresponsabilité politique.

Jean-Noël Cuénod

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